Suspension des sociétés minières chinoises au Sud-Kivu : La ministre nationale des Mines s’oppose à la décision du Gouverneur Ngwabidje
La ministre nationale des Mines s’est opposée à la suspension des activités minières par le gouverneur du Sud-Kivu dans une lettre datée du 24 août adressée au vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières.
« Je viens d’apprendre par les ondes, après ma visite au Sud-Kivu, que le Gouverneur de la Province du Sud-Kivu a suspendu les activités de certaines sociétés minières et de leurs coopératives partenaires opérant sur le territoire de Mwenga » a écrit Mme Antoinette Kalambayi au ministre Daniel Aselo, laissant entendre qu’elle n’a aucunement été associée à cette décision.
La ministre, qui le 15 août dernier était dans une mission officielle dans la région, accompagnée d’une délégation de la FEC et du ministre provincial des mines, explique que le pouvoir de suspension lui appartient. Elle affirme en outre que cette mesure temporaire prise par Théo Ngwabidje viole les dispositions de la loi sur les compétences du Gouverneur de Province dans l’Administration du Code Minier.
Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI demande de ce fait à son collègue du gouvernement central, également ministre de tutelle du gouverneur, d’instruire le chef de l’exécutif du Sud-Kivu de rapporter sa décision, afin, soutient-elle, « de permettre aux Inspecteurs du Ministère des mines de faire leur travail et faire le rapport pour des dispositions utiles sur les informations décriées ».
Les faits décriés par les autorités provinciales, la société civile et la ministre elle-même
Cette décision de Théo Ngwabidje, Gouverneur du Sud-Kivu, est intervenue au lendemain de l’expiration d’un moratoire de 72 heures accordé à six sociétés minières chinoises et à trois coopératives partenaires pour présenter les autorisations d’exploitation minières, demande qu’elles ont tout bonnement choisie d’ignorer.
Le 20 août, l’autorité provinciale a finalement suspendu les activités de ces sociétés minières chinoises afin, selon son arrêté, « de remettre de l’ordre dans l’exploitation minière semi-industrielle » dans le territoire de Mwenga, pour « préserver l’intérêt de la population locale, l’environnement et le respect des droits de l’homme » mais aussi pour « permettre « la traçabilité de la production » des sites exploités.
En outre, d’autres griefs à l’encontre de ces sociétés dont les activités ont été suspendues concernaient l’utilisation de personnel militaire sur les sites miniers. Le conseiller du gouverneur du Sud-Kivu en charge des mines, Safanto Bulingo, se référant à des rapports établis au niveau provincial, a à son tour indiqué que les autorités avaient déjà constaté que sur les sites, « il y avait même des militaires qui gardaient certains opérateurs alors que le code minier ne l’autorise pas ».
Parallèlement, la société civile locale et les notables de Mwenga ont également décrié la ruée désordonnée vers l’or de ces entreprises, qu’ils ont également accusées d’exploitation illicite des minerais, de destruction de l’écosystème aquatique par l’utilisation de mercure et de cyanure, mais aussi de non-respect du cahier des charges de la population.
Aussi, lors de sa visite dans la région, la ministre Kalambayi a reconnu de son côté que l’exploitation était effectivement plus illégale que régulière. « Nous allons prendre des mesures drastiques pour mettre hors d’état de nuire tous ces gens qui exploitent illégalement » annonçait alors le membre du gouvernement de Kinshasa avant de quitter le Sud-Kivu.