RDC : Les défis de la réduction des billets d’avion
La décision de réduire drastiquement le coût des billets d’avion pour les vols internes de 45 à70% en RDC s’impose comme un défi d’affaires, et non le moindre.
Indubitablement, il s’agit d’une option très compétitive qui mise sur l’optimisation, l’efficacité, l’efficience et la performance afin de générer un rendement qui positionne le fournisseur des services par rapport à ses compétiteurs potentiels.
Du coup, le gestionnaire s’attend à compenser le manque à gagner en misant sur l’achalandage, le volume, un service à la clientèle prompt et courtois et des exonérations que l’État doit lui pourvoir pour assurer un service pérenne. Sans quoi, prendre l’avion va demeurer inaccessible pour la classe moyenne et un apanage réservé à une minorité privilégiée.
Une stratégie d’affaires qui offre des billets abordables pour stimuler la demande a pour effet de l’étaler dans un court terme, de l’évaluer et de renforcer la promotion de ce tarif incitatif si les économies d’échelle se situent sur une courbe ou une tangente ascendante. J’imagine qu’un sondage a été fait au préalable et les études du marché convergent vers le même avis de faisabilité favorable.
Qu’à cela ne tienne, cette décision de baisser les prix vient rétablir le congolais dans ses droits de consommateur lésé, dont les besoins n’ont jamais été au centre des préoccupations des fournisseurs des services. Ses droits ont été longtemps bafoués car la spéculation des prix avait porté des préjudices à son portefeuille.
La RDC possède une classe moyenne suffisante capable de redynamiser le transport aérien. Si on les traite aux petits oignons, ils vont ouvrir leur portefeuille. La tendance depuis les deux dernières décennies consiste à conditionner le tarif à prix modique à des pénalités sévères liées au retard, au report, aux bagages, à l’état d’ébriété, à l’insécurité, à toute forme de harcèlement, etc.
Pourquoi c’est maintenant que la surenchère du billet pose problème? Quelle est la valeur réelle d’un billet d’avion pour la même distance chez les concurrents? Pour quelle raison le congolais devait-il payer plus cher? Comment détermine-t-on le coût du billet d’avion et qui le valide?
À travers ses agences, l’État joue le rôle de régulateur des prix dans une économie de marché ouvert qui accepte d’autres compétiteurs. Si l’État congolais privilégie une démarche monopolistique et protectionniste, maintenir le billet d’avion à un coût très bas, sera une démagogie ou une utopie managériale. Pour éviter une faillite imminente, le gouvernement devra alors subventionner au minimum les salaires des employés et accorder des prêts sans intérêts pour que les transporteurs aériens achètent des appareils neufs plus sécuritaires.
Certaines écoles de gestion suggèrent de tarifer plus cher les billets en classe affaires pour compenser les pertes en classe économique. D’autres proposent de charger les bagages au poids et de réduire la masse des valises admissibles afin de voler plus léger. Ceci a pour effet de consommer moins de gasoline. Entre les deux, il faudra trouver notre chemin. L’assistance financière soutenue du gouvernement congolais demeure une bouée de sauvetage pour ce genre d’industrie.
Billets d’avion à prix modique signifie aussi qu’on coupe dans le gaspillage et le personnel non essentiel tout en maintenant une qualité de maintenance technique qui optimise le niveau de roulement de ses appareils.
Sur le plan de la stratégie marketing, les congolais aiment voyager en avion parce que le réseau routier interprovincial est impraticable. Quoique le pays soit vaste et des infrastructures aéroportuaires conformes aux normes internationales, la RDC ne fait pas piètre figure si elle se compare avec certains pays africains. Il y a toujours de la place à l’amélioration continue à l’image de l’Aéroport de Kindu.
La modernisation des facilités aéroportuaires passe par le renforcement de la sécurité, l’allocation des nouvelles unités de surveillance, l’installation des caméras de surveillance, l’informatisation et la numérisation. Dans un billet antérieur posté dans le site, Écho du Congo a fait le plaidoyer de l’Aéroport de Kavumu qui est en train de tomber en décrépitude. C’est juste la pointe de l’iceberg qui doit interpeller nos gestionnaires et nos décideurs.
Si certaines provinces ont une avance en installation aéroportuaire, d’autres en pâtissent. Elles devront bénéficier des mêmes investissements pour des infrastructures stratégiques de qualité. La piste d’atterrissage est relativement courte et le bâtiment principal laisse à désirer pour un aéroport qui se veut être la porte d’entrée par avion au Sud-Kivu.
Le Ministre des transports devrait être anticipatif et proactif en présentant son plan d’ensemble de cette industrie qui a du potentiel. Elle devra être inscrite dans un plan à plusieurs volets :
L’acquisition des nouveaux aéronefs
Renouveler la flotte des avions pour des appareils moins coûteux en entretien et en dépense énergétique pendant le vol devait faire partie des priorités du Ministre des transports. Nous attendons voir comment et avec quelle équipe il va laisser ses empreintes pour marquer positivement son ministère dans cette équipe, dite de »warriors ».
La crise sanitaire mondiale a eu pour effet de baisser les prix des avions chez les fabricants. Il serait prudent d’acheter des appareils neufs car ils ont une garantie. Une formation technique et mécanique accompagne le certificat d’acquisition à l’achat. Tout se négocie à la carte. Et on y va pas sur le dos d’une cuillère. On peut trouver un tableau comparatif des prix en fonction des options et des fabricants. Ça ne se paie jamais en argent comptant.
Formation des pilotes
Des écoles de pilotage et d’aéronautique existent au Texas, à Toulouse, au Québec, en Belgique, en Israël et ailleurs. Elles recrutent des jeunes qui s’intéressent aux avions. La RDC devra comprendre l’importance d’investir dans notre jeunesse pour développer en elle le patriotisme. Il serait intéressant de donner des bourses aux étudiants de l’ISTA et des autres écoles techniques pour qu’ils apprennent le pilotage. Pour constituer une équipe dynamique qui va assurer la maintenance technique des avions, l’Etat congolais devra aussi promouvoir la formation en électromécanique et en aéronautique.
Diversifier les sources des revenus
Investir dans la construction des boutiques »duty free », casse-croûte, boutiques des souvenirs, des boutiques de vente des vins, spiritueux et de tabagie pour générer encore plus d’argent de location. Assurer un service de navette (shuttle) et des limousines. La création des espaces de stationnement sécurisés, payants dans les aires des facilités aéroportuaires est un autre atout de diversification des services générateurs des revenus.
En conclusion, une fois ces conditionnalités réunies, la CAA, Congo Airways et la RVA pourront envisager d’être encore plus compétitives en se fixant des normes et des objectifs clairs qui devront faire partie de la philosophie de leur partenariat managérial. Si le congolais doit payer le juste prix de son billet, en plus d’ un pourcentage en marge bénéficiaire, il faudra y inclure aussi un fond provisionnel du renouvellement de la flotte et de considérer le libellé des polices d’assurances. Nous ne pouvons pas occulter, dans un cadre managérial plus global, de suggérer l’analyse de la fourchette salariale des cadres et hauts cadres dans les états financiers afin de les interpeller de participer à l’effort collectif de restructuration organisationnelle. Oui, le billet à tarif réduit est une option qui impose une restructuration instrinsèque et un appui financier gouvernemental important. Une compagnie aérienne, c’est aussi à l’image de la fierté et la souveraineté nationale.