BENI : Les enseignants demandent des sanctions contre un officier de l’armée qui a brutalisé l’un des leurs dans une école de la place
Par Nicole Lufungi, CongoRassure Beni
Une altercation entre un officier militaire des FARDC et un enseignant du secondaire a semé la panique dans plusieurs établissements scolaires du centre-ville de Beni. L’incident a eu lieu lundi à l’Institut Bungulu, un établissement d’enseignement secondaire situé dans le quartier Biatu, dans la commune de Beu.
A la base, un téléphone portable confisqué l’année dernière
L’affaire remonte à la précédente année scolaire. Un téléphone portable appartenant à un élève avait été saisi par le directeur de la discipline en raison de l’article 24 du règlement d’ordre intérieur de l’institut Bungulu, qui prévoit la saisie définitive de tous les objets autres que le matériel scolaire, trouvés dans la classe.
Mécontent de la confiscation de son téléphone, l’élève avait contacté son parent (un colonel des FARDC) pour plaider auprès du directeur de la discipline.
Après plusieurs négociations, l’affaire a pris une autre tournure
Avant la fin de l’année dernière, le parent de l’élève avait déjà entamé des négociations avec le directeur de la discipline afin de récupérer le téléphone saisi de son enfant, une procédure qui malheureusement n’a pas fonctionné vu les dispositions du règlement intérieur de cette institution scolaire.
A force de patience, le parent de l’élève qui est en fait un Colonel de l’armée, a opté pour l’usage de la force afin de persuader le directeur de la discipline qui est actuellement un enseignant dans cette institution scolaire.
L’officier militaire apparaît dans la classe et gifle l’enseignant devant ses élèves !
Lorsqu’ils sont arrivés à l’Institut Bungulu, l’officier militaire et son garde ont d’abord localisé la salle dans laquelle le professeur enseignait.
Une fois localisé, le colonel est entré dans la pièce et a commencé à frapper le professeur qui donnait la leçon.
Une panique totale parmi les étudiants et les enseignants
Pris de panique, les élèves ont tenté de sauver leur enseignant tout en attaquant le colonel. Conscients du danger que courrait le militaire, les autres enseignants ont alors pris le colonel et leur collègue et les ont enfermés à la préfecture.
Malheureusement cela n’a pas baissé la tension, les élèves étant déterminés à en découdre avec l’officier militaire. En quelques minutes, plusieurs élèves venant des écoles voisines, se sont mobilisés devant la préfecture de l’Institut Bungulu en scandant des chants hostiles, exigeant que le colonel leur soit remis.
L’intervention de la police nationale congolaise et du maire de la ville
Alerté par les services de sécurité, le maire de la ville, le commissaire principal Narcisse Muteba a tenté de pénétrer dans les locaux de l’Institut Bungulu, mais n’a pas pu le faire car il a été repoussé par les projectiles lancés sur lui.
A son tour, le commandant de la ville de la PNC s’est personnellement précipité sur les lieux avec quelques éléments afin de contrôler la situation.
Après avoir utilisé des grenades lacrymogènes pour disperser les élèves, le commandant de la ville de la PNC a finalement pu pénétrer dans l’enceinte de l’Institut Bungulu.
Après une longue discussion avec les élèves et le personnel enseignant, le commandant de ville de la PNC a finalement accepté de faire sortir cet officier militaire de la préfecture de l’Institut Bungulu. Ce dernier a ensuite été conduit à l’auditorat militaire par les agents de sécurité.
Cependant, cinq agents des forces de l’ordre, dont le commandant de ville de la PNC, ainsi que cinq élèves, ont été blessés par des coups de pierre lors de cette altercation.
Réactions du corps enseignant et d’autres acteurs de la société civile
Suite à une réunion d’urgence organisée à l’Institut Bungulu, le corps enseignant de cette institution éducative a demandé des sanctions judiciaires contre cet officier militaire.
Position appuyée par le conseil urbain de la jeunesse de Beni qui condamne ce cas d’agression en milieu scolaire et demande une action judiciaire appropriée. Benjamin Asimoni, premier vice-président du CUJ/BENI, insiste sur le fait que l’usage du téléphone est strictement interdit dans les écoles, mais aussi qu’il est répréhensible qu’un homme en uniforme viole les locaux d’une école et perturbe les activités.
Il est à noter que les activités scolaires sont restées paralysées le lundi 22 novembre dans certaines écoles de Beni suite à cet incident.