BENI : l’histoire d’une population résiliente face à la terreur quotidienne
Il est à peine 10 heures du matin, le dimanche 26 décembre 2021, dans le centre-ville de Beni. Entourés de verre et de chaises brisés, les employés du restaurant-bar INBOX tentent de réorganiser l’endroit après l’explosion d’une bombe la veille, le jour de Noël.
Malgré cet incident tragique, le personnel d’Inbox est déterminé à braver la peur et à reprendre ses activités. « Nous avons perdu nos clients et des biens matériels dans cette attaque, mais céder à la peur, c’est donner du poids à l’ennemi. Notre plus grand souhait est de nous réorganiser et de poursuivre les activités », a confié à CONGORASSURE.CD l’un des employés rencontrés sur le lieu du drame qui a causé la mort de huit personnes et quatorze autres ont été blessées.
Et c’est une tragédie dont la genèse remonte à plusieurs années. Pendant toutes ces années, la population de la ville et du territoire de Beni a vécu un cycle de guerre caractérisé par des violences et des exactions contre les civils. Plus de 7000 personnes ont déjà été tuées au cours de ces atrocités perpétrées par les groupes armés, notamment les rebelles terroristes de l’ADF. Cependant, malgré cette situation de crise, les habitants de Beni ont développé une attitude résiliente qui leur permet de se réorganiser et de surmonter les dégâts après chaque tragédie.
Liés à leur terre, les habitants reviennent toujours…
L’opinion se souvient qu’après les premières tueries de Beni en 2014, la population a vidé les zones ciblées après chaque passage des rebelles de l’ADF. Ces habitants bien que partis se réfugier dans des endroits relativement calmes, ils sont toujours revenus chez eux.
« Nous ne pouvions pas abandonner définitivement nos biens durement acquis ! Si nous nous réfugions ailleurs, c’est pour la sécurité de nos familles, mais il n’a jamais été question de céder à l’ennemi », explique Gervais Makelele, un habitant du quartier Bel Air dans la commune de Rwenzori, un quartier qui était autrefois la cible des attaques des ADF. « Pour la survie de notre chère ville, nous avons enduré, et notre persévérance a motivé les forces armées à se battre sérieusement pour que nous puissions avoir une quelconque paix », poursuit-il.
Beni doit sa survie à la résilience de son peuple
« La détermination des habitants de Beni à se reconstruire après chaque choc a permis à cette ville de résister à la menace permanente des rebelles de l’ADF », a déclaré Benjamin Asimoni, membre du conseil urbain des jeunes de la ville.
Dans une interview accordée à congorassure.cd, ce jeune leader a déclaré : « La résilience de la population de Beni reste une attitude louable et un pilier indispensable pour rétablir la paix dans la région. Quand on voit les opérateurs économiques construire de beaux bâtiments à Beni, des restaurants, des hôtels, de nouvelles écoles et universités, on se dit qu’il y a encore de l’espoir et cela motive le gouvernement et la population à accélérer les mécanismes nécessaires au retour de la paix ».
Slogans pour rester positifs
« Beni njo Nyumbani », « Hatu toki Beni », « Beni Survivra », « Hakuna Congo bila Beni » etc…. sont quelques uns des slogans développés par les habitants de Beni dans le seul but de garder un esprit positif, de nourrir l’optimisme et ainsi se tailler un espoir en aspirant à un avenir meilleur.
Désormais, toutes les couches sociales, les artistes, les militants, les religieux et les autorités utilisent ces slogans pour prêcher le retour de la paix dans la région. « La paix est avant tout un état d’esprit et c’est grâce à cet état d’esprit que nous parviendrons à reconstruire la sécurité » a commenté un jeune artiste local interrogé sur le sujet.
Dans la même veine, Idi Limengo, un jeune entrepreneur, estime que quitter Beni à cause de la guerre serait un manque de patriotisme. «Je ne pourrai jamais fuir malgré toutes ces atrocités car Beni est ma maison, une terre d’espoir, un petit paradis ». Pour le jeune homme, la population a le devoir de protéger Beni et de défendre l’intégrité du territoire national.
Après plusieurs années de guerre, la ville et le territoire de Beni survivent encore. La population locale parvient tant que mal à surmonter les tensions et les violences régulières.
Les autorités, de leur côté, disent faire de leur mieux pour rétablir la situation sécuritaire. Pendant ce temps, l’armée congolaise, qui se dit déterminée à rétablir la paix dans la région, poursuit des opérations militaires conjointes avec les forces armées ougandaises afin de détruire complètement la capacité de nuisance des forces négatives.
Nicole Lufungi, Beni