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Beni: Quand la guerre affecte le quotidien d’une vendeuse ambulante des bananes

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Beni: Quand la guerre affecte le quotidien d’une vendeuse ambulante des bananes


Par Nicole LufungiCongoRassure/Beni

Le territoire de Beni, détient plus d’une surprise dans sa gibecière. La ville de Beni, où il fait bon vivre, en temps de paix, a été naturellement gâtée par la dame nature grâce à sa situation géographique. Celle-ci lui offre une place de choix dans la production de plusieurs produits vivriers et agricoles, principalement les fruits. À voir le nombre des femmes qu’on croise sur sa route, bassins pleins des bananes sur la tête, on déduit que c’est aussi l’une des principales régions productrices de plusieurs qualités de la banane, notamment la banane naine ou bananes royales. Les forêts du Mayangose et de kyanzaba en sont les principaux fournisseurs. C’est ainsi que depuis plusieurs années le commerce des bananes, à Beni, demeure une bonne affaire pour les femmes, surtout que les beniciens sont très friands de ces fruits.

La guerre qui sévit à Beni depuis plus de sept ans a tout détruit sur son passage et son impact est très visible sur plusieurs activités génératrices des revenus dans la région. Le commerce, autrefois juteux de la banane, a perdu de son entrain. Les femmes courageuses, sillonnant la ville de Beni avec des bassins pleins des bananes sur la tête, on en voit plus à chaque coin de rue. Le nombre de ces femmes a diminué bien que quelques-unes, courageuses, plateaux ou bassins sur la tête, vendent encore la banane devant les écoles ou universités, dans les marchés, devant les églises où encore le long des boulevards. La forêt de Mayangose, ancienne bastion des ADF dès fin 2014, a été vidée par les agriculteurs, contraints de quitter leurs champs. Ce départ précipité et non planifié a sonné le début d’une carence des régimes des bananes sur le marché.

C’est sous un soleil ardent comme on en voit souvent à Beni que Kavugho Florence, la trentaine, vend ses bananes. La commerçante, qu’on croirait essoufflée et fatiguée par toutes ses tournées, semble plutôt préoccupée par autre chose que les kilomètres qu’elle va faire pour vendre ses bananes. « L’insécurité dans nos champs a occasionné la rareté des bananes, une quantité qu’on revendait à 300fc se négocie actuellement  entre 700 et 1000fc » Confie-t-elle avec un air triste. Avant que ses yeux ne s’illuminent par la passion de ce qu’elle fait: « Je suis dans le métier depuis maintenant plus de 10 ans » et c’est tristement encore qu’elle poursuit: «Il arrive des fois que les bananes deviennent complètement introuvables, pas parce qu’il en manque dans nos champs, mais parceque la majorité de nos champs sont inaccessibles faute de l’activisme des ADF. »

Florence demande au gouvernement de rétablir complètement la sécurité pour que « les agriculteurs exploitent leurs champs comme auparavant. »

Masika Juliette, rencontrée au Quartier Kalinda, en pleine vente s’est dit inquiète de la tournure qu’ont pris les choses. «J’achète mes bananes à Kyanzaba pour les revendre à Beni ville, auparavant moyennant 10000fc on payait une bonne quantité des marchandises qui se vendaient très bien. Mais actuellement le prix a doublé, et cela explique même la hausse du prix ici en ville. Je crains que la situation ne devienne pire. Le pouvoir d’achat a aussi diminué. Tout cela ne présage rien de bon pour nous » dit-elle.

« C’est grâce à cette activité que ma famille et moi survivons. À l’époque où les champs étaient sécurisés, j’avais beaucoup des marchandises, j’écoulais assez pour gagner une somme vraiment considérable. cependant actuellement, nous travaillons difficilement et les clients sont de plus en plus rare » explique la vendeuse.

Les violences et les attaques  répétitives des rebelles dans la région de Beni a aussi, comme on devrait s’y attendre, affecté le secteur socio-économique de la population. La banane naine, jadis un aliment ordinaire et facilement trouvable, que même les élèves achetaient facilement à la récréation, est devenu un fruit que seulement une catégorie bien donnée des personnes peut se l’offrir facilement. Cette rareté s’explique par le fait que la majorité des champs qui en produisent restent aujourd’hui inaccessibles car, occupés où menacés par les rebelles de L’ADF.

Néanmoins, une lueur d’espoir demeure, car, l’armée commence peu à peu à récupérer ces zones. Il s’agit notamment de la forêt de KIDIDIWE qui dans le temps servait de refuge aux ADF. Cette zone a été récemment récupérée par les forces loyalistes au profit de la population cultivatrice.

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