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BENI – Santé : Pourquoi les jeunes sont-ils réticents face au dépistage volontaire du VIH?

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BENI – Santé : Pourquoi les jeunes sont-ils réticents face au dépistage volontaire du VIH ?


Par Nicole LufungiCongoRassure/Beni 

L’Organisation Mondiale de la Santé-OMS renseigne que parmi les cibles 90-90-90 des Nations Unies pour mettre un terme à l’épidémie de VIH, la première consiste à faire en sorte que 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique. Dans des nombreux pays, surtout ceux de l’Afrique, des lacunes considérables existent au niveau des services liés au VIH pour la prévention, le dépistage et le traitement. Mais il est triste de constater que quand bien même un pays comme la République Démocratique du Congo fait des efforts dans certaines de ses villes comme Beni, pour qu’il y ait des services de dépistage, trop peu des personnes y vont, surtout les jeunes! Partagés entre la phobie et le manque d’informations ils restent indifférents quand il s’agit du dépistage du virus de l’immunodéficience humaine-VIH.
Congorassure est allé à la rencontre de certains jeunes pour savoir les raisons qui les poussent à ne pas se faire dépister volontairement, et voici leurs avis.
Moins on en sait, moins on y pense et mieux on vit

Pour Tommy la vingtaine, habitant de Beni et étudiant ; aller se faire dépister occasionnerait un stress inexplicable. « Je ne suis jamais parti à l’hôpital pour le dépistage, car je n’aime pas trop les suspens, ce n’est pas le test qui me fait peur mais cet instant d’incertitude qui précède le résultat. Il paraît que c’est flippant. Je préfère donc ne rien savoir sur mon état sérologique car j’ai confiance en moi » explique le jeune homme d’un air insouciant.

Dans la même optique que Tommy, Patrick Katembo, taximan de profession, soutient que ceux qui ont le VIH présentent des symptômes, et comme lui n’en présente pas, c’est qu’il est en bonne santé et donc il n’a pas besoin de test. « Je sais que je suis en bonne santé, je n’ai donc pas besoin de chaque fois passer le test de VIH » dit-il. Mais il reconnaît l’avoir déjà passé une fois sous demande du médecin pendant qu’il était sérieusement malade et interné à l’hôpital.

 « À l’instant où on apprend qu’on est malade, on commence à perdre de poids. Un de mes oncles allait très bien mais à la minute où il a su qu’il était séropositif tout a changé. Nous l’avons enterré huit mois après » explique Andrée, 29 ans, ingénieur en bâtiment. Pour lui, il dit préférer rester malade et ne pas le savoir car le seul fait de le savoir précipiterait sa mort comme cela fut le cas de son oncle. « Quoiqu’on dise ou qu’on fasse, on est touché psychologiquement et on voit sa mort prochaine. Pour moi, c’est non. Je ne l’ai jamais fait et je ne ferai jamais ce dépistage même s’il y a une récompense à la clé » déclare l’ingénieur en bâtiment.

Le dépistage serait-il réservé aux personnes sexuellement actives ?

À cette question la plupart des jeunes élèves rencontrés le long du boulevard Nyamwissi ont répondu que le dépistage était exclusivement réservé aux seules personnes sexuellement actives.

« Le VIH étant sexuellement transmissible, il ne concerne que ceux qui ont des partenaires sexuels » insiste Kavira Mutsando, 16 ans, finaliste à l’institut de Beni. « Le dépistage est donc conseillé à cette catégorie précise, pour nous autres ce n’est pas aussi important que ça » déclare t-elle.

Contrairement à tout ce qui a été dit ci-haut, il existe aussi des jeunes qui considèrent le dépistage comme un acte responsable et réfléchi. Il s’agit soit des donneurs du sang ou des travailleurs dans des organisations non-gouvernementales.

« Dans plusieurs organisations de la place, il est prié de présenter son billet d’examens, surtout celui de VIH. Car on suppose que c’est mieux de connaître l’état sérologique de chacun dans l’entreprise pour ne pas exposer les agents » Indique Ukelo Uriema. « Je suis aussi donneur du sang, et j’ai donc le devoir de passer plusieurs test y compris celui du VIH pour me rassurer que le sang que je fourni à la banque de sang est sain » a-t-il renchéri.

Quelle est la lecture des professionnels de Santé ?

L’infirmier et laborantin Mutanava Roger, prestant à l’hôpital général de référence de Beni explique que le dépistage volontaire est un acte responsable que normalement tout citoyen devrait inclure dans son quotidien. « Le dépistage permet de suivre de près son état de santé dans une région comme Beni-Butembo où le taux des contaminations a sérieusement haussé » indique le laborantin. Avant de poursuivre: « Les  jeunes doivent adopter cette bonne habitude car c’est pour leur bien-être. Lorsque tu te rends au dépistage régulièrement où en cas des symptômes, cela permet aux médecins de vite te soumettre à un traitement dans le cas où le test est positif. »

Précisons que les villes de Beni et Butembo ont connu une hausse importante de cas de contamination au VIH avec une moyenne d’environs 500 contaminations par trimestre, selon les données du PNMLS fournies en décembre dernier.

Après les différentes rencontres avec ces jeunes, il est crucial d’apporter des informations supplémentaires. À savoir :

  • Le VIH-SIDA ne se transmet pas que par des relations sexuelles. Un individu peut être contaminé par voie sanguine et mais aussi de la mère à l’enfant
  • Quand les stades de la maladie ne sont pas encore avancés, on peut ou ne pas avoir des symptômes. On peut donc être porteur de la maladie, à son insu. D’où l’importance du test. 
  • Le dépistage a plusieurs bénéfices : La connaissance de son état sérologique, on bénéficie des conseils (informations préalables au test et conseils après le dépistage); et on est mis en liaison avec les services appropriés de prévention, de traitement et de soins de l’infection à VIH et d’autres services cliniques et de soutien.
  • Symptômes à observer de près : Douleurs abdominales toux sèche, fatigue, inconfort physique, fièvre, perte d’appétit, sueurs nocturnes ou transpiration, diarrhée aqueuse, diarrhée persistante, vomissements ou nausées, difficultés à avaler ou endolorissement, plaies ou gonflement langue blanche ou ulcères, ganglions lymphatiques enflés, maux de tête, muguet buccal, perte de poids importante et involontaire, pneumonie aiguë, taches rouges ou éruption cutanée,…
Les recommandations :   
  • Que le Ministère de la Santé et tous les partenaires renforcent la communication et la sensibilisation autour du sujet
  • Qu’il soit organisé des journées portes ouvertes où le dépistage sera gratuit
  • Faire des séminaires dans des écoles secondaires et dans les universités autour du sujet.
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