Nord-Kivu : Indignés par les propos «discourtois, humiliants et dégradants » du gouverneur militaire, les députés provinciaux s’en remettent au Président Tshisekedi
Dans un courrier adressé à la plus haute hiérarchie de la République ce vendredi 23 juillet 2021, les députés provinciaux du Nord-Kivu recommandent au chef de l’Etat congolais, Félix Antoine Tshisekedi, d’élaguer tout ce qui pourrait pousser les dirigeants de l’état de siège à l’arbitraire.
Cette recommandation fait suite aux propos tenus par le gouverneur militaire du Nord-Kivu, Ndima Kongba Constant, lors d’une réception qu’il leur a offerte après sa prise de fonction.
Les signataires de ce document qualifient de « discourtois, humiliants et dégradants » les propos tenus à cette occasion par l’autorité provinciale.
« Je vais vous tirer de vos carapaces, je vous reçois au même titre que les motards, je ne suis pas venu négocier avec vous, c’est d’ailleurs la première et la dernière fois que je vous reçois », ont-ils rédigé, citant le boss actuel du gouvernorat du Nord-Kivu.
Pour eux, ces propos impliquent que l’autorité provinciale est venue avec des préjugés et des présomptions selon lesquels les notabilités et les couches sociales du Nord-Kivu seraient impliquées dans la déstabilisation et l’insécurité dans cette province.
Une insécurité persistante depuis la déclaration de l’état de siège
Par ailleurs, les élus provinciaux du Nord-Kivu disent avoir constaté la persistance de l’insécurité dans la province depuis la déclaration de l’état de siège dans cette partie de la République démocratique du Congo.
« Jusqu’au 85ème jour de l’état de siège, les opérations militaires annoncées dans le cadre de l’état de siège n’ont jamais été lancées contre les groupes armés nationaux et étrangers. Comme par le passé, il y a toujours des déplacements massifs de la population, des tueries atroces, des assassinats et meurtres, des kidnappings, des phénomènes de kasuku et 40 voleurs, des vols, …. ainsi que des harcèlements multiples et multiformes dont des collectes illégales et des barrières payantes érigées par les groupes armés et les FARDC dans les territoires de Beni, Lubero, Rutshuru, Masisi, Nyiragongo et Walikale, et dans les villes de Beni, Butembo et Goma », déplorent ces représentants des Nord-Kivutiens.
Pour eux, lorsqu’une mesure dite exceptionnelle dure longtemps, elle cesse d’être exceptionnelle, elle se normalise, la population s’y habitue, elle dévie de ses objectifs et suscite d’autres ambitions que certains peuvent imaginer.
A la lumière de ces constats, les députés provinciaux du Nord-Kivu demandent au Président de la République de circonscrire l’état de siège ou de décréter l’état d’urgence dans la région de Beni.
Ces membres de l’organe délibérant de la province en sursis demandent également que les FARDC soient dotées d’une logistique et des moyens conséquents à la hauteur des actions à mener dans le cadre des opérations militaires contre les groupes armés.
Par Martin Leku