Nomination de Tommy Tambwe : «Gratifier ainsi des criminels au lieu de les traduire en justice encourage les groupes armés en brousses à attendre leur tour» (D.Mukwege)
En République Démocratique du Congo, la nomination la semaine dernière de Tommy Tambwe qui est désormais coordonnateur du programme de désarmement, démobilisation et relèvement communautaire et stabilisation (DDRC-S), fait débat. Cette fois, c’est au tour du docteur Dénis Mukwege de réagir, et d’exprimer ses inquiétudes après cette nomination.
Dans une déclaration publiée le 10 août 2021, le lauréat du prix Nobel de la paix a exprimé sa « circonspection » face à la récente nomination par ordonnance présidentielle d’un ancien chef rebelle du RCD – Goma , du M – 23 et de l’ALEC , comme Coordinateur du DDRC-S.
Selon lui, en gratifiant ainsi des criminels au lieu de les traduire en justice , cette stratégie de tireurs de ficelles tapis à Kinshasa , Kigali , Kampala et Bujumbura encourage les groupes armés en brousses à attendre leur tour. Il note que « depuis Sun City en passant par Lusaka et Kampala , les accords de paix ont systématiquement bradé la justice sur l’autel d’une paix dont les dividendes ne sont jamais parvenus à l’Est du pays ».
Pour Denis Mukwege, ces différents accords politiques visant à mettre fin à la violence ont semé les graines de l’instabilité et de la culture de l’impunité en intégrant des éléments des groupes armés rebelles, congolais et étrangers, dans les forces de sécurité et de défense de la République. « Les processus de Désarmement , Démobilisation et Réinsertion sous – financés et bâclés ainsi que les politiques de mixage et de brassage, souvent accompagnées de promotions , ont intégré l’indiscipline au sein des institutions , et ce jusqu’au plus haut niveau de l’Etat » déplore-t-il.
Par ailleurs, il rappelle que le Chef de l’Etat s’est engagé à inscrire la justice transitionnelle dans l’agenda du gouvernement « pour bâtir le chemin de la réconciliation nationale et de la paix » , en conséquence, il plaide pour l’adoption d’une stratégie nationale holistique de justice transitionnelle qui, selon lui, priorise les réformes institutionnelles visant à prévenir la non-répétition des atrocités commises contre les civils, notamment par une réforme profonde des secteurs de la sécurité et de la justice.
Le Dr Denis Mukwege en appelle aux décideurs car il estime que pour avancer sur le chemin d’une paix durable, ils doivent se souvenir des erreurs du passé et rompre avec les politiques qui ont prolongé et aggravé les souffrances du peuple congolais et l’instabilité qui a eu des conséquences désastreuses sur la protection des civils.
« La Nation congolaise regorge de femmes et d’hommes intègres sans antécédent de violations graves des droits humains , et s’il existe une réelle volonté politique d’éradiquer les groupes armés , de stabiliser l’Est du pays , d’assurer le relèvement des communautés affectées par les exactions des milices qui sévissent dans notre pays depuis 25 ans et d’instaurer une paix durable ; le temps est venu d’exploiter pleinement les potentialités de ce capital humain épris de paix et de justice et de rompre avec les politiques visant à accorder des promotions à ceux qui devraient répondre de leurs actes devant la justice » a insisté le prix Nobel.