BENI : Qui sont ces enfants vendeurs ambulants ?
Pendant que d’autres enfants jouent et révisent leurs leçons, plusieurs enfants vendeurs passent leurs journées dans les rues de la ville de Beni entrain de tenter d’écouler leurs marchandises.
Isaac, 12 ans, marche dans plusieurs rues du centre ville, proposant ses marchandises aux clients. À CONGORASSURE.CD, il déclare que chaque jour après l’école, il se ravitaille au petit marché de Mayangose avant de faire du porte-à-porte dans les bistrots et les magasins pour vendre des citrons, des noix de cola et des cacahuètes.
Je dois vendre toutes mes marchandises avant de rentrer chez moi. Parfois, les clients prennent mes marchandises sans payer et cela me rend très triste de penser à la réaction de maman.
Comme Isaac, de nombreux enfants parcourent les rues principales, plateaux sur la tête et sous un soleil de plomb, pour vendre des (amuse-gueules) snacks, des vêtements ou des légumes. Ils sont exposés à de nombreux dangers, notamment les accidents de la route.
Par conséquent, de nombreuses questions se posent, notamment pour qui ces enfants travaillent-ils ? Et pourquoi ? Ont-ils une famille ? Sont-ils censés travailler ainsi ?
Exploitation ou sens des responsabilités ?
Dans les rues de Beni, il y a deux catégories d’enfants vendeurs de rue. Comme Isaac, la première catégorie est constituée d’enfants qui sont envoyés par leurs parents. Ces enfants sont le plus souvent des écoliers ou des élèves qui deviennent vendeurs de rue après l’école,
“Tous les jours après l’école, je rejoins ma mère au grand marché où elle vend des légumes”, confie Linda, 11 ans et élève de 7ème année dans une école de la place. “Je prends mon repas, puis je range soigneusement mon uniforme scolaire dans mon cartable et c’est parti !Sur un plateau, ma mère dépose quelques bouquets de légumes que je dois vendre le long du boulevard et même dans les quartiers”, raconte la jeune fille.
En effet, Linda travaille tous les jours avec sa mère et gagne environ 5000fc pour dix bottes vendues. « Cet argent que nous gagnons nous permet de couvrir certaines dépenses familiales, notamment la scolarité et la nourriture », dit-elle fièrement et en souriant.
Contrairement à Linda qui semble aider sa famille, il existe un autre groupe d’enfants qui sont recrutés officieusement par un adulte qui les utilise ensuite pour vendre sa marchandise. Malheureusement, ces enfants sont victimes de mauvais traitements et d’exploitation économique de la part de ces adultes.
“S’il me donne cinquante beignets, le soir je dois ramener 10 000fc à raison de 200fc par unité”, témoigne Socrate 13 ans.
“C’est soit je ramène les invendus, soit je ramène de l’argent. Si je ne le fais pas, je suis battu, insulté ou mon salaire est confisqué”, déplore le jeune homme.
L’exploitation économique des enfants, que dit la loi ?
Au regard des textes de loi de la RDC, Isaac, Socrate et Linda subissent tous deux une violation de leurs droits, puisque les enfants sont censés être protégés contre toute exploitation économique et tout travail pouvant mettre en péril leur santé, leur scolarité ou leur psychologie, explique l’avocat Emmanuel Paluku.
“L’enfant doit être protégé contre l’exploitation économique et contre tout travail risqué ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, spirituel, moral ou social »,
dit-il en se référant à la loi numéro 09/001 du 10 janvier 2009 sur la protection de l’enfant.
Pour cet avocat, « les parents sont également appelés à ne pas tomber dans l’exploitation économique de leurs enfants même s’ils doivent les initier dès leur plus jeune âge à développer le sens de la créativité, le goût du travail ou un certain sens de la responsabilité au sein de la famille ».
Cependant, en raison de la pauvreté endémique et des guerres dans plusieurs régions de la RDC, les cas d’exploitation économique des enfants se multiplient.
Dans le cas spécifique de Beni, où près d’un tiers de la population locale est constituée de personnes déplacées par la guerre, les enfants se retrouvent dans les rues à vendre des légumes, des beignets ou de l’eau afin de contribuer à la survie de leur famille.
“Pour réduire significativement ce fléau, l’idéal serait de rétablir la sécurité dans cette région, de mettre en place des mécanismes de soutien aux familles touchées par les crises, mais aussi de sensibiliser la communauté sur le sujet de la protection de l’enfance”, a déclaré Junior Rehema, un jeune activiste.