Nord-Kivu : Loin des armes, un ancien rebelle raconte son calvaire dans la forêt pendant plus de 10 ans (Reportage)
Depuis la fin de l’année 2020, Albert Sengi, âgé d’une vingtaine d’années, a décidé de déposer les armes et de quitter la forêt. Parmi les grands défis qu’il doit relever dans la reconstruction de son identité, figure sa réinsertion dans la vie civile.
Congorassure.cd est allé à sa rencontre dans le territoire de Masisi dans la province du Nord-Kivu. Il a accepté de témoigner « à cœur ouvert ».
Reportage
Il est presque midi lorsque le reporter de Congorassure.cd arrive à Mweso, dans le territoire de Masisi. Là se trouve Albert Sengi, âgé d’une vingtaine d’années, avec sa petite famille.
Il reçoit congorassure.cd dans sa petite hutte pour une interview. Cet homme pour qui la vie en brousse était devenue à un moment donné « une passion », n’en peut plus et accepte d’expliquer comment il a réussi à se battre avec lui-même jusqu’à déposer les armes.
« J’étais dans la brousse depuis 2010. J’avais été enlevé de force à l’école ici et j’avais été pris par les assaillants. La première chose que nous avions faite a été de faire des exercices militaires. On nous a appris à manier l’arme, l’art martial et comment nous comporter. Je suis passé par une terrible souffrance jusqu’à devenir un autre homme. Mon esprit était devenu inhumain, je vivais sans pitié ni pardon », a-t-il déclaré à congorassure.cd.
Interrogé sur la manière dont il a rompu avec la vie de brousse, Albert a expliqué que c’est « grâce aux conseils de certains membres de sa famille » avec lesquels il échangeait dans la clandestinité qu’il a pu prendre la décision d’abandonner la vie de rebelle.
« Pour voir ma famille, c’était dans la clandestinité, parce que le groupe armé auquel j’appartenais ne nous permettait pas de le faire. Et chaque fois que je voyais ma famille, elle me conseillait de quitter la vie de brousse, car elle ne voulait pas me perdre », poursuit-il.
Parmi les sombres souvenirs qu’il garde de sa vie en forêt, ce jeune homme parle notamment des conditions de vie très déplorables, notamment le problème de la malnutrition et de la santé précaire.
« Nous ne mangions qu’une fois par jour et pour manger, nous étions obligés de ravir des choses aux citoyens. Je me souviens qu’une fois je suis tombé malade et faute de soins, j’ai failli mourir. La vie dans la forêt est infernale », relate-t-il.
Cependant, il appelle d’autres jeunes comme lui, qui hésitent encore à quitter la brousse, à suivre son exemple et à se libérer de cette vie malheureuse, afin de donner une chance à la paix et au décollage de la province du Nord-Kivu.
Plusieurs groupes armés locaux et étrangers opèrent dans la province du Nord-Kivu, notamment dans la région de Beni. La plupart d’entre eux recrutent leurs adeptes parmi la population civile, dénoncent les activistes des droits de l’homme et autres organisations de la société civile.
Depuis lors, des appels se sont multipliés pour inciter la population civile à se désolidariser des groupes armés. D’autres encore, demandent aux congolais égarés de “quitter les groupes armés”, une phrase célèbre prononcée par le président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso, lors d’une séance plénière.