Plus de 90 % de l’or de la RDC est acheminé en contrebande vers des États régionaux, notamment l’Ouganda et le Rwanda (Trésor américain)
Le jeudi, les États Unis ont annoncé une série des sanctions à l’endroit de Alain Goetz et de l’African Gold Refinery en Ouganda ainsi qu’un réseau de sociétés impliquées dans le mouvement illicite d’or évalué à des centaines de millions de dollars par an en provenance de la République Démocratique du Congo.
Le trésor américain qui indique que cette action démontre l’engagement des États-Unis à combattre le commerce illicite des minerais et à encourager la transparence dans le secteur minier, déplore le fait que ce mouvement illicite de l’or fournit des revenus aux groupes armés qui menacent la paix, la sécurité et la stabilité de la RDC.
Le but visé par les américains est par conséquent de dissuader « les individus et les entités impliqués dans des activités qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC ou qui sapent les processus ou les institutions démocratiques en RDC » si l’on en croit le communiqué du trésor américain produit à cette occasion.
Ce dernier révèle en outre que plus de 90 % de l’or de la RDC est acheminé en contrebande vers des États régionaux, notamment l’Ouganda et le Rwanda, où il est ensuite souvent raffiné et exporté vers les marchés internationaux, notamment les Émirats arabes unis.
Les américains qui soulignent que dans l’est de la RDC, où l’on compte environ 130 groupes armés actifs, le commerce de l’or est l’un des principaux moteurs du conflit, expliquent qu’un réseau de groupes armés, de contrebandiers et d’entreprises génère des revenus illicites de l’industrie aurifère par le biais du travail forcé, de la contrebande ou en extorquant des paiements aux mineurs. D’après eux, « Ces acteurs utilisent les revenus de l’or pour financer les conflits armés et s’enrichir tout en privant la RDC de recettes fiscales et en méprisant l’environnement et les communautés locales ».
Par ailleurs, Brian E. Nelson qui est le sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, a déclaré que “L’or de conflit constitue la principale source de revenus des groupes armés dans l’est de la RDC, où ils contrôlent les mines et exploitent les mineurs”. Il affirme qu’Alain Goetz et son réseau ont contribué au conflit armé en recevant de l’or de la RDC sans remettre en question son origine. “Le Trésor a été très clair : les marchés mondiaux de l’or, à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement, doivent s’engager dans un approvisionnement responsable et mener une diligence raisonnable de la chaîne d’approvisionnement” a-t-il justifié.
Qui est Alain Goetz ?
Goetz est un homme d’affaires de nationalité belge qui exploite l’African Gold Refinery (AGR) en Ouganda, ainsi que des sociétés aux Émirats arabes unis. Selon les américains, ces société reçoivent de l’or illicite provenant de mines situées dans des régions de la RDC contrôlées par des groupes armés, notamment les Maï-Maï Yakutumba et Raia Mutomboki, impliqués dans des activités de déstabilisation au Sud-Kivu.
La même source révèle que le réseau aurifère de Goetz dispose d’importantes capacités de raffinage et de transport et s’approvisionne en or en RDC, au Kenya, au Soudan du Sud et en Tanzanie.
Revenant sur le parcours de cette société, en 2014, Goetz a constitué AGR et a maintenu le contrôle sur cette société depuis lors par le biais de sa propriété majoritaire d’une société holding offshore aux Seychelles, AGR International Ltd, qui détient la quasi-totalité des actions d’AGR, faisant de Goetz le propriétaire effectif global et/ou l’actionnaire d’AGR. Depuis la création d’AGR, Goetz a occupé de multiples postes de direction au sein de l’entreprise, notamment ceux de directeur général et de directeur, et a participé aux activités de négoce d’or d’AGR.
Concernant la RDC, le trésor américain qui affirme que AGR a une capacité de raffinage de 219 tonnes par an et est considérée comme l’une des plus grandes raffineries d’or en Afrique, indique qu’en 2018, Goetz a reconnu que cette société raffine environ 150 kilogrammes d’or en provenance de la RDC par semaine, soit environ 8,5 tonnes par an, évaluées à 496 millions de dollars. « Cela représente la quasi-totalité des exportations totales d’or de l’Ouganda en 2018, qui étaient d’environ 10 tonnes et évaluées à 515 millions de dollars » commente cet organe américain de contrôle.
Pour les américains, AGR et Goetz ayant reconnu qu’une partie de l’or qu’AGR raffine provient directement des mines de la RDC et a donc qu’ils ont pris une part importante du marché de l’or trafiqué depuis la RDC, cette société est responsable ou complice pour s’être engagée directement ou indirectement dans le soutien à des personnes, y compris des groupes armés, impliquées dans des activités qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC ou qui sapent les processus ou institutions démocratiques en RDC, par le biais du commerce illicite des ressources naturelles de la RDC.
Pour rappel, en 2021, le raffineur et homme d’affaires Alain Goetz a été condamné en Belgique pour blanchiment d’argent. La même année, le belge a fait face à des accusations d’évasion fiscale au Rwanda, où il est actionnaire d’une unité de transformation de l’or.