ÉTAT DE SIÈGE : De l’accentuation des tueries à la prolifération des taxes passant par l’oppression, un citoyen de Butembo s’adresse au Gouverneur militaire (lettre Ouverte)
Débordé par la situation sécuritaire et humanitaire qui prévaut dans la province du Nord-Kivu, un habitant de Butembo s’est directement adressé au gouverneur militaire.
Exprimant son indignation dans une lettre ouverte à l’autorité provinciale, le jeune homme revient sur plusieurs antivaleurs qui ont selon lui caractérisés cette période exceptionnelle de l’état de siège.
» Lettre ouverte au Général Constant Ndima, gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu.
Butembo le 6 Mars 2022
Concerne les abus et les actes arbitraires pendant l’État de siège.
À Monsieur le gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu,
Monsieur le gouverneur,
Si peu apte que la nature nous ait fait à la rédaction, croyions-nous ,qu’il ne nous est guère difficile de vous adresser cette lettre afin de dénoncer les causes inscrites en concerne.
Mon général, rien n’avait plus d’avantage que d’apprendre l’instauration de l’État de siège dans nos provinces pour éradiquer tous les ennemis de la paix qui s’érigent à maître fatal et sanguinaire dans nos régions.
On pouvait déjà rêver l’avènement de la paix et festoyer, malheureusement une fête d’une seule journée car les tuéries et massacres prirent d’ambleur, pour la première fois depuis notre malheur, plusieurs véhicules,maisons ont été sauvagement incendiés à côté d’une tuérie et enlèvement des citoyens dont le nombre est incalculable,nous sommes dans un pic de la perte de dix personnes par jour partant de notre monitoring journalier.
À cette souffrance, vous y avez ajouté une prolifération des taxes forcées sur fond de lamentations de la population,même quand l’on nous chante jour et nuit la gratuité de l’enseignement, vous avez haussé les frais de participation aux examens d’Etat, les plaques de numérotation parcellaire en ville de Goma etc…, pour n’est cité que cela à titre d’échantillonnage.
Devons-nous continuer de parler de l’État de siège ou État des taxes !!
En principe,par rapport à la guerre et tuéries que nous endurons matin,midi et soir,on serait exempté de tout payement de taxe jusqu’au rétablissement effectif de la paix !
À cela, s’ajoute les intimidations ainsi que les arrestations arbitraires des activistes et défenseurs des droits humains sans oublier les députés provinciaux,eux, qui ont juste émis leur opinion au sujet de l’État de siège ! Treize militants de la LUCHA RDC pour avoir demandé la sécurisation de la région de Beni,ont été condamnés à 12 mois de prison ferme avec des amandes lourdes, c’est une justice de la honte! Un autre militant de la LUCHA en Ville de Goma vient d’être arrêté pour avoir critiqué la gestion d’une ETD.
Sommes-nous des prisonniers sous un ciel ouvert ?
Comment l’État de siège dans un pays fortement démocratique peut-il se confondre à une tyrannie ? à une dictature ?
On vit la peur au ventre,d’un côté on craint l’incursion de l’ADF, de l’autre, le gouvernement militaire nous profère des menaces !
Donc si quelqu’un ose critiquer l’inefficacité de l’État de siège votre ambition est de l’étrangler comme un rat?
En plus un citoyen libre, n’est pas un homme libre au Nord-Kivu ?
D’ailleurs l’État de siège démontre au vu de tout le monde en suffisance ses limites! Nous pensons qu’il serait mieux de réfléchir une autre alternative,quand un médicament ne soulage pas les maux du patient euh ben on écrit une nouvelle ordonnance !
En sus, au lieu de contraindre notre armée dans l’administration des entités alors que les prémices ont prouvé qu’elle s’y connait moins,toutes ses énergies servirait sur le champs d’honneur !
Mon Général, vous allez me pardonner pour avoir dit la vérité, vous allez également me pardonner pour ma franchise car ce que tous les citoyens disent bas, nous nous le disons haut de peur d’être complice surtout que chacun a sa part pour propulser notre pays en avant.
Mon Général, aucun citoyen du Nord-Kivu ne croit à l’Etat de siège,une lueur d’insatisfaction se lit visiblement dans les yeux des tous les citoyens.
Retenez que ce sont les députés nationaux ainsi que le président qui nous imposent l’État de siège ce que évidemment le peuple considère comme un mépris à leur égard.
De toute action,on en voit le commencement,le progrès,la fin mais pour notre État de siège,on manque comment prendre position.
Monsieur le gouverneur, Mon Général, cette lettre est un long cris d’amertume et tout ce qui est d’arbitraire c’est-à-dire la tuerie des civiles dans les manifestations pacifiques par les éléments congolais porteurs d’armes,les arrestations intempestives des activistes des droits humains ainsi que la prolifération des taxes alors qu’ils ne peuvent jamais savoir se taire devant la souffrance des citoyens.
Mon Général tout cela tourne autour de votre leadership ,nous ne voudrions pas qu’un jour tous ces faits ignobles pèsent sur vous, vous ferez plutôt mieux de les libérer ces innocents, ceux-là sont épris du bien-être de tous les citoyens et de la citoyenneté. Surtout que les droits de pensée, d’opinion sont inaliénables,ne cherchez pas à gérer les civiles comme les brigades des armées.
Instruisez à vos subalternes que les citoyens sont appelés souverain primaire,un souverain c’est celui qui est revêtu de l’autorité suprême,qui appartient à l’Etat .
Tout le moyen de l’État vient de lui-même vos tenues c’est lui qui vous les procure y compris les armes.Alors il ne mérite pas des traitements inhumains.Et lorsque vous opprimez le peuple,sachez que l’oppression engendre la haine,la tyrannie suscite la révolte,la violence appelle la violence,et l’injustice la violation des lois de la justice.
Monsieur le gouverneur, tout en espérant recevoir votre réponse,je vous prie d’agréer, Mon Général, l’expression de ma considération distinguée. »
Les indignations ne cessent de se multiplier face à la mesure de l’état de siège instauré dans les provinces du Nord-Kivu et Ituri.
En effet, certaines personnes se plaignent de la gouvernance des animateurs de l’état de siège, avançant le fait que les autorités militaires qui conduisent cette mesure exceptionnelle se sont détournées de la mission leur confié par le chef de l’état en se focalisant plus sur les questions administratives, foncières et économiques tout en ministre les problèmes sécuritaires, principaux facteurs ayant suscité l’instauration de l’état de siège.
Également, d’autres personnes reprochent aux autorités de l’état de siège de faire usage de répression contre plusieurs activistes et acteurs de la société civile,
Dans son récent rapport Human Rights Watch, une agence de droit de l’homme, a documenté une vingtaine d’arrestations arbitraires parmi lesquelles deux députés provinciaux.
Rédaction