Lubumbashi : Dans une lettre ouverte, l’IRDH propose au Roi Philippe d’utiliser une partie de la fortune royale dans les secteurs du tourisme, de la charité ou de la recherche scientifique en RDC
L’Institut de recherche en droits de l’homme (IRDH) espère que la visite du monarque belge, le roi Philippe II, matérialisera une nouvelle ère entre la Belgique et la République démocratique du Congo.
L’IRDH a exprimé son souhait dans une lettre ouverte adressée au roi des Belges et rendue publique à Lubumbashi le 10 juin 2022.
Pour son directeur, Me Hubert Tshiswaka, la structure souhaite que cette visite du couple royal ne se limite pas qu’à des simples protocoles étatiques, « il convient que vous matérialisiez le discours exprimant votre volonté d’ouvrir une nouvelle ère entre le Royaume de Belgique et la République démocratique du Congo (RDC). C’est le souhait du Congolais moyen qui souhaite également voir l’avenir en termes radieux », souligne-t-il dans la lettre ouverte.
Cet avocat expérimenté rappelle que, lors du discours du 08 juin 2022 à Kinshasa, sa majesté le Roi des Belges a exprimé des « regrets » quant au passé colonial. Pour l’IRDH, tant mieux, si le regret exprimé et surtout les remords et la compassion, en tant que descendant direct des auteurs présumés des méfaits décriés de cette histoire, envers les descendants et les victimes directes des faits historiques, sont sincères.
Cette institution de recherche sur les droits de l’homme rappelle par ailleurs que les 80 ans de colonisation de la RDC par la Belgique ont fait suite à des siècles d’esclavage qui avaient déjà épuisé les royaumes qui peuplaient le territoire actuel de la RDC. L’histoire retient des atrocités innommables, l’exploitation humiliante et dégradante d’un être humain (le Congolais) par un autre être humain (le Belge), une série de massacres, une dépossession massive et systémique des richesses matérielles et culturelles, écrit l’organisme.
« Par ailleurs, l’histoire de la Belgique en RDC, objet de vos regrets, est celle de graves violations des droits de l’homme, dont les victimes ont été choisies en raison de leur race noire ou de leurs origines africaines. Une histoire dont l’issue continue de profiter aux descendants du vainqueur qui jouissent du butin amassé, au détriment de ceux des vaincus qui en sortent appauvris et affaiblis. Voilà ce qu’est le regret » écrit également le numéro un de l’IRDH qui déclare que nonobstant la souffrance collective que le peuple congolais continue de subir, la visite du roi peut constituer un tournant au-delà de la dimension morale du regret exprimé.
La structure explique que les Sud-Africains, noirs et blancs, affrontent ensemble leur histoire d’apartheid, partageant directement ou indirectement, d’une manière ou d’une autre, les richesses dont les Blancs ont joui exclusivement dans le passé. Grâce aux investissements locaux, diverses industries créent des emplois pour les moins fortunés. « La Belgique, quant à elle, a accumulé d’énormes richesses dont elle jouit seule, à distance » commente l’IRDH, indiquant que face à l’avenir la responsabilité personnelle du roi ou celle de son couple serait de rendre ou de partager leur joie de vivre avec cette communauté congolaise qui les reçoit aujourd’hui. « Vous avez le devoir moral de réinjecter une partie de la fortune royale dans les secteurs du tourisme, de la charité ou de la recherche scientifique ».
Ainsi, l’IRDH propose la création d’une fondation philanthropique privée portant le nom du Roi ou celui de son grand-père. « Vous pouvez construire un musée privé qui raconte l’histoire commune belgo-congolaise. Vous pouvez subventionner une institution d’aide aux pauvres, des bourses d’études ou de recherche scientifique. Vous pouvez subventionner des parcs nationaux ou des zoos pour protéger des espèces rares et menacées. Vous pouvez subventionner la protection de la nature, de l’environnement et de la biodiversité. Oui, vous pouvez le faire, au-delà de votre discours moralisateur », insiste la structure citoyenne.
Le roi Philippe est arrivé le vendredi 10 juin à Lubumbashi, deuxième étape du voyage du couple royal, qui le conduira également à Bukavu, au Sud-Kivu.