“Député, je percevais 1 500 dollars par mois et nous avons voté des lois importantes” : Le désarroi de J. Kanyoni sur le salaire colossal des élus nationaux
En République démocratique du Congo, la révélation faite mardi par Martin Fayulu sur le salaire mensuel exorbitant d’un député national a eu l’effet d’une bombe. Quoi de plus normal quand, dans un des pays les plus pauvres du monde, un député national gagne près de 21.000 dollars US par mois ?
Les réactions d’indignation se succèdent depuis cette révélation. L’une des dernières en date est celle de John Kanyoni qui est le vice-président de la Chambre des mines de la Fédération des Entreprises du Congo. “Je suis tenu à la retenue et à la réserve sur les débats politiques mais en tant que citoyen, je ne me tairai pas sur les questions liées à la gouvernance et surtout celles de l’affectation des recettes perçues par notre gouvernement”, a-t-il lâché avant de faire une série de constats aussi percutants les uns que les autres.
L’homme politique « en congé sabbatique », estime en effet, que l’assemblée nationale congolaise qui a la sacro-sainte mission de contrôler l’action de l’Exécutif a fini par perdre son contenu moral en s’octroyant des émoluments et privilèges « indécents » au regard de la précarité de la vie du Congolais moyen. “La chambre basse du parlement tue les fondamentaux de la mission qui lui est confiée », regrette ce juriste chevronné.
Pour lui, il est indécent que les députés perçoivent cette somme alors que le Congolais moyen vit dans la précarité. Député national de 2003 à 2006, John Kanyoni rappelle qu’il percevait 1 500 dollars. « Nous avons voté des lois importantes sur la défense, l’amnistie, la nationalité et nos frais de fonctionnement s’élevaient à 80 000 dollars par mois », dit-il, insistant sur le fait que la politique doit être un don de soi.
“Je me demande dans quel environnement vivent nos élites politiques ? La frénésie de dépenser ce que nous, contribuables, produisons à la sueur de nos fronts est inacceptable”. Pour M. Kanyoni, c’est injuste et révoltant. “Je suis vraiment sidéré et ces députés vont venir solliciter nos votes pour les prochaines élections ? Nous devons nous ressaisir et respecter le RESPUBLICA. Nous avons touché le fond”.
Rappelant la citation de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, selon laquelle si on veut gagner de l’argent, il faut aller dans le secteur privé et ne pas se « gaver » dans la politique, John Kanyoni soutient qu’il est impératif de mettre fin à ce gaspillage. “Le député Delly Sesanga avait fait une proposition drastique pour réduire le coût de la vie de nos institutions. Cette proposition mérite d’être revue pour être en phase avec le Congolais moyen qui a du mal à vivre dignement” propose par conséquent le vice-président de la Chambre des mines. “Le jour où nos politiciens gagneront moins, nous aurons des élites politiques de qualité qui viendront servir avec conviction et sacerdoce”.
“Je ne me tairai pas tant que les ressources financières ne seront pas gérées de manière responsable en cette période de récession mondiale”, prévient par ailleurs M. Kanyoni. Il explique que sa préoccupation est fondée sur le fait que l’industrie minière congolaise est la locomotive de l’économie et génère la majeure partie des revenus de l’État.