Malgré la suspension des activités académiques dans onze établissements publics, le Front pour la refondation de la nation a lancé, le 15 octobre, l’année universitaire 2026-2027 dans les deux capitales provinciales.
À Goma comme à Bukavu, la rentrée universitaire prend une dimension politique. Jeudi 15 octobre, le Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme la nouvelle dénomination de l’AFC/M23, a officiellement lancé l’année académique 2026-2027. Une initiative menée malgré la suspension décrétée par Kinshasa dans onze établissements publics des deux villes sous contrôle rebelle.
À l’Université de Goma (UNIGOM), Corneille Nangaa, vice-président du mouvement, a présidé la cérémonie devant des étudiants, des représentants des corps académiques et scientifiques ainsi que des autorités politico-militaires. À Bukavu, son homologue Bertrand Bisimwa conduisait une délégation venue de Goma pour une cérémonie à l’Université officielle de Bukavu (UOB), en présence notamment du gouverneur de la province nommé par le mouvement.
Le message des deux responsables est identique. Les enseignements se poursuivront. Mais cette rentrée dépasse la seule question du calendrier universitaire. Après les nominations de nouveaux comités de gestion par le mouvement rebelle, elle prolonge la confrontation avec le pouvoir central sur l’administration des institutions publiques.
Nangaa charge le gouvernement
À Goma, Corneille Nangaa a accusé les autorités congolaises de compromettre l’avenir de la jeunesse du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon lui, la suspension des activités universitaires pénalise les étudiants et participe d’une volonté de désorganiser le système éducatif dans les territoires contrôlés par son mouvement.
Le responsable du FRN a défendu la poursuite des formations dans cette partie du pays, affirmant vouloir préparer des femmes et des hommes capables de servir leurs communautés et de contribuer à leur développement.
À Bukavu, Bertrand Bisimwa a tenu un discours similaire devant des étudiants de l’UOB et de l’Institut supérieur des techniques médicales de Bukavu. Il les a assurés que les activités académiques se dérouleraient sans difficulté. Une promesse qui ne lève toutefois pas les interrogations liées au maintien de la suspension ministérielle.
Kinshasa invoque la sécurité et la régularité des diplômes
La décision du gouvernement central remonte au 20 août 2026. Dans un arrêté signé par la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Marie-Thérèse Sombo, Kinshasa a suspendu jusqu’à nouvel ordre les activités académiques et para-académiques dans onze établissements publics de Goma et de Bukavu.
La mesure concerne les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations ainsi que les délibérations de l’année 2026-2027. Le ministère invoque une situation sécuritaire particulièrement préoccupante, la protection des étudiants et du personnel, mais aussi la nécessité de garantir la régularité des titres académiques délivrés en RDC. Les nominations de nouveaux comités de gestion par l’ex-AFC/M23 figurent également parmi les motifs rapportés de cette décision.
Une exception est prévue pour les étudiants finalistes de l’année 2025-2026 dont le cursus n’a pas pu être achevé. Ils sont autorisés à passer leurs évaluations ou à accomplir les activités nécessaires à la fin de leur formation dans des établissements publics ou privés légalement établis ou régulièrement constitués.
Le gouvernement affirme, pour sa part, suivre l’évolution de la situation sécuritaire afin d’autoriser une reprise lorsque les conditions le permettront. À ce stade, les cérémonies organisées par le FRN ne modifient donc pas la position officielle de Kinshasa.
Des étudiants face à l’incertitude
Sur les campus, cette confrontation s’accompagne d’une baisse des effectifs signalée par plusieurs sources académiques. Les nouvelles inscriptions seraient moins nombreuses que les années précédentes dans certains établissements. Des étudiants déjà engagés dans un cursus auraient, eux aussi, interrompu leurs études ou rejoint des institutions non concernées par la suspension.
En maintenant le calendrier universitaire, le FRN cherche à affirmer sa capacité à administrer les territoires qu’il contrôle. Kinshasa entend préserver son autorité sur les établissements publics et les conditions de délivrance des diplômes. Entre ces deux positions, les étudiants doivent décider s’ils peuvent poursuivre leur formation dans des institutions dont l’avenir immédiat reste suspendu à un rapport de force politique.
Gloire Malumba à Kinshasa, D.A à Bukavu