Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda viennent à peine de signer un accord de paix historique visant à mettre un terme à des années de tensions et d’instabilité dans l’Est du Congo, les récentes déclarations du ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungire, ravivent les soupçons et soulèvent des inquiétudes diplomatiques majeures.
Dans une sortie médiatique ce week-end, M. Nduhungire a affirmé que les rebelles rwandais des FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda), souvent brandis comme prétexte par Kigali pour justifier ses incursions sur le sol congolais, « ne sont pas sur le territoire contrôlé par le M23, puisqu’ils sont désormais intégrés dans les rangs de l’armée congolaise, les FARDC. »
Une telle déclaration met en cause directement la RDC, insinuant une collaboration entre l’armée congolaise et un groupe que Kigali considère comme une menace existentielle. En d'autres termes, alors que les deux pays ont convenu d’un chemin vers la paix, le Rwanda maintient un discours qui semble justifier son interventionnisme et fragilise la confiance mutuelle.
Une déclaration aux effets diplomatiques potentiellement dévastateurs
La réaction ne s’est pas fait attendre du côté congolais. Julien Paluku Kahongya, ministre congolais du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, a dénoncé une tentative de manipulation.
« Le Rwanda a déjà été au Congo pendant 8 ans à la recherche de ces rebelles. » rappelle-t-il, soulignant la persistance du même prétexte sécuritaire utilisé pour maintenir une présence militaire illégale dans l’Est du Congo et faciliter le pillage de ses ressources.
Ces propos renforcent la conviction, chez plusieurs analystes congolais et internationaux, que Kigali ne veut pas réellement de paix, mais cherche à perpétuer l’instabilité régionale pour continuer à bénéficier des minerais du Kivu.
Retombées diplomatiques redoutées
Alors que l’accord de paix devait ouvrir une nouvelle ère de coopération bilatérale, cette polémique risque de :
Fragiliser les mécanismes de suivi de l’accord, notamment les comités mixtes de vérification sur le retrait des troupes, la neutralisation des groupes armés et la restauration de la souveraineté congolaise sur les territoires occupés ;
Geler les engagements de désescalade, en particulier les étapes liées au redéploiement des forces armées nationales dans les zones libérées du M23. Ralentir le processus de réconciliation régionale, notamment au sein de la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs) et de la Communauté de l’Afrique de l’Est.
Éroder la confiance de la communauté internationale, qui a salué l’accord comme une avancée vers la stabilité dans les Grands Lacs.
Vers une médiation renforcée ?
Au vu de cette nouvelle tension, des voix s’élèvent pour que l’ONU, l’Union africaine et les États garants du processus de paix, dont les États-Unis, jouent un rôle plus actif dans le suivi des engagements. La mise en place urgente d’un mécanisme de vérification indépendant sur la présence des FDLR, du M23 et des troupes étrangères est désormais incontournable.
En somme, la signature d’un accord de paix ne suffit pas si la parole publique continue à attiser les tensions. Pour que la paix soit durable, il faudra plus qu’une signature : une volonté réelle de vérité, de respect mutuel et de coopération sincère. La balle est désormais dans le camp des deux capitales.
Diddy MASTAKI