Dans un discours aussi rare que percutant, l’Abbé Kanda a brisé le silence autour d’un sujet souvent tabou : l’engagement politique excessif de l’Église catholique en République Démocratique du Congo. Selon lui, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), censée être un repère spirituel et moral, s’est éloignée de sa mission pastorale au profit d’un activisme politique qui divise plus qu’il n’unit.
« Notre Église est trop ancrée dans la politique, nous avons quand même exagéré », a-t-il affirmé sans détour, appelant à un retour à l’essentiel : la foi, l’évangile, et l’accompagnement spirituel du peuple.
Une prise de position inhabituelle dans un clergé souvent solidaire
L’intervention de l’Abbé Kanda tranche avec le discours dominant au sein de la CENCO, connue pour ses prises de position fermes sur les questions de gouvernance, d’élections et de justice sociale. Sans remettre en cause la légitimité de certains combats, il met en garde contre la confusion grandissante entre foi et militantisme, qui pourrait porter atteinte à la crédibilité de l’institution ecclésiale.
« Nous ne souffrons pas seulement pour l’Église, mais nous devons aussi apprendre à souffrir par l’Église », a-t-il lancé, dans une formule douloureusement lucide, qui souligne les blessures causées par certains comportements jugés perfides dans les rangs du clergé.
L’abbé va plus loin en demandant aux fidèles catholiques et autres croyants de faire preuve de discernement et de ne pas se laisser emporter par les discours haineux et clivants que diffusent certains ecclésiastiques. Pour lui, l’Église ne doit pas devenir le porte-voix de rancunes politiques, mais bien le refuge de la paix, de la miséricorde et de la réconciliation.
Un débat nécessaire au sein de l’institution
Cette sortie courageuse remet au centre du débat la question de la neutralité de l’Église dans les enjeux politiques en RDC, alors que de nombreuses voix, au sein de la classe politique comme dans la société civile, dénoncent une instrumentalisation de la foi à des fins partisanes.
La CENCO, tout en étant respectée pour son rôle dans la médiation nationale, est aujourd’hui interpellée de l’intérieur sur les limites de son engagement politique, et sur la nécessité de réaffirmer sa vocation spirituelle dans un pays profondément religieux mais politiquement fragmenté.
Diddy MASTAKI