Les banderoles ont finalement eu raison des millions. Le FC Bayern a annoncé la fin de son partenariat avec le Rwanda, un contrat estimé à plus de cinq millions d’euros par an, qui devait courir jusqu’en 2028. L’ombre du M23, milice active dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), aura pesé lourd face à l’image du club Bavarois.
Tout a basculé le 23 février dernier. En pleine rencontre de Bundesliga face à l’Eintracht Francfort, les ultras de la München Red Pride déploient une banderole derrière les cages : « Visit Rwanda ! Quiconque regarde avec indifférence trahit les valeurs du FC Bayern ». Le message frappe fort, reprenant ironiquement une phrase du Président du club, Herbert Hainer, sur la lutte contre l’extrême droite. Mais cette fois, la cible n’est pas politique : elle est diplomatique.
Un contrat taché de sang
Depuis plusieurs mois, ONGs et militants dénonçaient le partenariat signé avec Kigali. Le Rwanda, principal soutien du M23, est accusé par l’ONU et Human Rights Watch d’exactions contre les civils dans l’Est de la RDC, où la ville de Goma est sous occupation. Pour Kinshasa, le sponsoring du Bayern revenait à blanchir un régime accusé de crimes graves.
« D’innombrables vies ont été perdues. Votre sponsor est directement responsable de cette misère », écrivait en février la ministre Congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, dans une lettre adressée au Bayern, mais aussi à Arsenal, au PSG et à l’Atlético Madrid.
Le geste des ultras Bavarois a cristallisé ce malaise. En Allemagne, le souvenir de la mobilisation des supporters contre Qatar Airways, qui avait conduit à la rupture du contrat en 2024, a resurgi. Cette fois encore, la pression populaire a fait plier la direction.
Une rupture… mais pas une séparation
Le club a officialisé le 08 août dernier « la fin du sponsoring Visit Rwanda », tout en annonçant une « nouvelle coopération » avec Kigali autour du football de jeunes et l’agrandissement de son académie locale. Un flou qui interroge : aucun montant n’a été communiqué, et certains craignent un simple relooking de la relation.
Pour les supporters, le combat ne s’arrête pas là. Outre-Manche, les Gunners for Peace, un collectif de fans d’Arsenal, réclament la fin du partenariat de leur club avec Kigali. Dans une vidéo humoristique devenue virale, ils déclarent préférer « promouvoir le tourisme à Tottenham, chez l’ennemi juré, plutôt que de soutenir le Rwanda de Paul Kagame ».
Un effet domino à venir ?
Si le Bayern a cédé, d’autres clubs sous contrat avec Kigali–Arsenal, PSG, Atlético Madrid restent pour l’instant silencieux. Mais la colère enfle dans les tribunes. Le divorce entre business du football et défense des droits humains est désormais posé sur la table.
À Munich, la victoire est symbolique : les ultras rappellent que le Bayern, club aux racines populaires, ne peut pas fermer les yeux sur la souffrance d’un continent. Comme le clamait leur banderole : « L’indifférence est une trahison ».
Diddy MASTAKI