Basa Zupa, cadre du mouvement URDPC/CODECO en Ituri, lance un avertissement sans détour : l’Ituri est aujourd’hui confrontée à une situation « extrêmement fragile », entre déploiements de forces étrangères, résurgences de groupes armés et tensions inter-communautaires. Selon lui, des manœuvres discrètes et des alliances troubles risquent de précipiter la province dans une spirale de violence si l’État n’intervient pas d’urgence.
« Moi c'est Basa Zupa du mouvement URDPC/CODECO dans la Province de l'Ituri. Actuellement les militaires ougandais déployés depuis un certain temps en Ituri ne se sont pas encore heurtés à une opposition directe. Mais ils poursuivent discrètement leur agenda occulte contre la RDC en se dissimulant derrière la CRP de Thomas Lubanga allié du M23 », déclare l’intervenant, qui pointe du doigt des liens politiques et militaires susceptibles de déstabiliser davantage la région.
Les faits sur le terrain sont préoccupants : des déploiements Ougandais dans plusieurs zones d’Ituri et de l’Est de la RDC ont été signalés ces derniers mois, et suscitent des interrogations sur leurs objectifs réels et leur coordination avec les forces locales. Des observateurs internationaux et médias ont documenté la présence accrue de troupes Ougandaises en Ituri, parfois présentées par Kampala comme destinées à combattre l'ADF et des groupes armés locaux.
Parallèlement, l’émergence d’un nouveau mouvement politique-militaire autour de Thomas Lubanga, la Convention pour la Révolution Populaire (CRP), alimente les inquiétudes. Lubanga, figure historique de l’Ituri et condamné par la CPI par le passé, a récemment formalisé une structure qui, selon plusieurs reportages, pourrait disposer d’éléments armés actifs dans certaines zones de l'Est du pays, dont le M23.
À ceci s’ajoutent les dynamiques internes : des groupes comme Zaïre (Auto-Défense) et le MAPI, bien qu’ayant signé des protocoles d’accord ou des trêves locales, continuent d’alimenter des foyers de tensions et d’incertitudes. Les récentes initiatives de désarmement et de trêve, négociées lors d’échanges à Aru et saluées par des acteurs internationaux, n’ont pas encore apporté la sécurité durable recherchée par les populations.
Basa Zupa appelle ainsi à un sursaut patriotique : « Nos forces ou groupes armés patriotiques doivent cesser les tracasseries et les querelles internes. Il est temps de nous mobiliser, d'unir nos efforts et de nous tenir prêts à faire face aux envahisseurs afin de les repousser et de libérer notre territoire national pour que la paix revienne enfin dans notre pays ».
Ce message est un appel à la fois à la cohésion locale et à une action claire de l’État pour réaffirmer la souveraineté et protéger les civils.
Les analystes insistent sur la nécessité d’une réponse diplomatique et politique soigneusement calibrée : face à des acteurs extérieurs dont les motivations peuvent mêler sécurité, intérêts économiques et pressions géopolitiques, Kinshasa doit conjuguer fermeté, dialogue régional et mesures de protection civile. Certains observateurs ont d’ailleurs exprimé des doutes sur les motivations réelles de certains déploiements et ont appelé à une transparence totale entre États concernés.
Tant que les causes profondes, rivalités foncières et identitaires, contrôle des ressources, impunité ne seront pas traités, l’Ituri restera un terrain propice aux manipulations et aux violences. Les acteurs locaux, les autorités nationales et la communauté internationale ont tous un rôle à jouer pour éviter que des « loups vêtus de peaux d’agneau », comme les décrit Basa Zupa, n’exploitent la faiblesse institutionnelle pour s’implanter durablement.
En somme, l’appel lancé depuis les rangs de l’URDPC/CODECO est un rappel brutal : l’Ituri est à la croisée des chemins. Soit la province bénéficie rapidement d’un retour de l’ordre, d’un dialogue inclusif et d’une protection effective des civils ; soit elle risque d’être consumée par des alliances opaques et des conflits périphériques. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l’État et ses partenaires sauront répondre à ce défi.
Diddy MASTAKI