À l’occasion du quinzième anniversaire de la publication du Rapport Mapping des Nations-Unies, le prix Nobel de la paix, Dr Denis Mukwege, a lancé un nouvel appel à la justice pour les millions de victimes des atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) entre 1993 et 2003.
Publié en 2010 par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) malgré de fortes pressions diplomatiques, le Rapport Mapping documente 617 incidents violents, impliquant des crimes qui pourraient être qualifiés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, voire de crimes de génocide. Selon Mukwege, l’absence de volonté politique pour mettre en œuvre ses recommandations a permis la poursuite des violences et la consolidation de l’impunité.
« Quinze ans après, aucune initiative sérieuse n’a été menée pour engager des poursuites, établir la vérité et réformer les institutions. Les responsables des crimes les plus graves ne doivent plus être récompensés par des amnisties ou des promotions», a déclaré le gynécologue Congolais.
Mukwege a également dénoncé de graves soupçons de corruption au sein du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV) et du Fonds spécial FRIVAO, destiné à indemniser les victimes des crimes commis par l’Ouganda, conformément à l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) de février 2022. Il a exigé des enquêtes indépendantes pour restaurer la crédibilité de ces mécanismes.
« Un double standard international »
Dans sa déclaration, le Dr Mukwege a pointé du doigt l’attitude de la communauté internationale, accusée de fermer les yeux sur les crimes Congolais.
« Le système de double standard mine la crédibilité des Nations Unies et nourrit la répétition des atrocités de masse », a-t-il affirmé, qu'il rappelant la résurgence du M23, qu’il accuse d’être dirigé par l’armée Rwandaise.
Selon lui, après plus de 25 ans de présence de la MONUSCO, l’approche sécuritaire a échoué. Seule une justice transitionnelle crédible, combinant justice nationale, internationale et réformes institutionnelles, pourra briser le cycle des violences.
Un appel à un Tribunal spécial pour la RDC
D. Mukwege exhorte les autorités Congolaises à traduire en actes leurs récentes promesses en matière de lutte contre l’impunité. Il appelle à la création d’un Tribunal pénal spécial pour la RDC et de chambres spécialisées mixtes, tout en encourageant la Cour pénale internationale (CPI) et les juridictions nationales à user de la compétence universelle, comme dans le cas de Roger Lumbala en France.
Enfin, il a demandé que soit rendue publique la base de données confidentielle du HCDH, identifiant les auteurs présumés des crimes documentés.
« On ne construira pas la paix sur des mensonges et la mauvaise foi. Seule une justice indépendante et impartiale peut établir les responsabilités et garantir une paix durable en RDC », a conclu le prix Nobel.
Diddy MASTAKI