L'espoir d'une accalmie en Ituri et au Nord-Kivu s'est heurté à la dure réalité des faits. Quatre ans après son instauration, l'état de siège, censé éradiquer les groupes armés, est sévèrement mis en cause par l'un des politiciens les mieux placés pour juger de la situation : Carly Nzanzu Kasivita, ancien gouverneur du Nord-Kivu et actuel député national.
Invité sur Télé 50, l'élu de Beni-Territoire n'y est pas allé par quatre chemins. Son diagnostic est cinglant : la mesure d'exception, en place depuis mai 2021, n'a pas produit les résultats escomptés. Alors que les massacres attribués aux ADF se multiplient et que la menace du M23 ne cesse de peser sur Rutshuru et Beni, il estime que l'état de siège est arrivé à ses limites.
« L’état de siège ne peut pas, à lui seul, résoudre ni endiguer durablement l’insécurité dans l’Est », a-t-il déclaré.
Pour Nzanzu Kasivita, persister dans cette voie sans résultats tangibles et faisant face à des critiques sur l'absence de progrès ainsi que des allégations de violations des droits humains relève de l'aveuglement. Il appelle à une réflexion stratégique nationale profonde pour sortir de l'impasse.
L'angle d'attaque le plus percutant de ce député réside dans son insistance sur le rôle de la gouvernance civile. Il a rappelé que l'instabilité actuelle tranche avec la période où les institutions provinciales étaient pleinement opérationnelles : « Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y avait pas de M23 au Nord-Kivu quand les autorités civiles étaient aux commandes », a-t-il martelé.
Pour lui, le retour à une autorité civile forte et organisée n'est pas une option, mais la clé fondamentale pour stabiliser durablement la région. La militarisation seule, sans le socle d'une administration civile crédible, est vouée à l'échec. Un Triptyque d'Action pour Ramener la Paix
Face à la dégradation continue de la situation, l'ancien gouverneur prône une approche de rupture qui combine trois axes d'investissement cruciaux :
- Le Militaire : Reconstruire et consolider le système de défense nationale ;
- Le Diplomatique : Renforcer les liens et la coopération régionale pour isoler les groupes armés ;
- Le Politique : Restaurer la confiance entre l'État central, les dirigeants locaux et les populations.
« Pour espérer la paix, il faut investir simultanément dans trois volets : militaire, diplomatique et politique. C’est en combinant ces efforts que nous mettrons fin à cette guerre », a-t-il conclu.
Son message est clair : la résilience des habitants de l'Est doit être honorée par un engagement collectif et multidimensionnel du gouvernement pour que la paix ne soit plus un mirage, mais une réalité.
Gloiredo Ngise