Une déclaration du Président Ougandais Yoweri Kaguta Museveni a ravivé une vive controverse historique et politique entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo. En affirmant que « la province de l’Ituri en RDC faisait partie du Bunyoro », le chef de l’État Ougandais a suscité des réactions critiques, notamment du côté congolais, où cette lecture de l’histoire est vigoureusement contestée.
Une déclaration aux résonances politiques sensibles
Dans un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires persistantes à l’Est de la RDC, les propos de Museveni ont été perçus par certains analystes comme dépassant le simple débat académique. L’Ituri, province stratégique riche en ressources naturelles et théâtre de conflits armés récurrents, demeure un sujet particulièrement sensible dans les relations entre Kinshasa et Kampala.
Si le président ougandais évoque un héritage historique du royaume de Bunyoro-Kitara, ses détracteurs y voient une interprétation discutable, voire politiquement chargée.
Juvenal Munubo oppose une lecture historique documentée
Le député national Congolais Juvénal Munubo a rapidement réagi, contestant fermement cette affirmation. S’appuyant sur des travaux historiques reconnus, notamment l’ouvrage « L’Afrique des Grands-Lacs, deux mille ans d’histoire » de l’historien Jean-Pierre Chrétien, il rappelle que :
« Même à son apogée au XVIIIᵉ siècle, le royaume Ougandais de Bunyoro-Kitara n’avait jamais annexé les régions situées à l’ouest du lac Édouard, comme l’Ituri ».
Selon Munubo, si le Bunyoro exerçait parfois une influence indirecte sur certaines zones périphériques notamment à travers le paiement de tributs cela ne saurait être assimilé à une annexion territoriale ou à une souveraineté effective sur l’Ituri.
Influence versus souveraineté : le cœur du désaccord
Au centre de la divergence entre Museveni et Munubo se trouve une distinction fondamentale entre influence politique ou économique et contrôle territorial formel. Les historiens rappellent que de nombreux royaumes précoloniaux de la région des Grands-Lacs entretenaient des relations fluctuantes d’allégeance, de commerce ou de tribut, sans pour autant exercer une domination administrative stable sur de vastes territoires.
Pour les experts, assimiler ces formes d’influence à une appartenance territoriale stricte relève d’une simplification historique.
Un débat historique aux implications contemporaines
Si le débat se veut historique, ses implications sont profondément contemporaines. Dans une région où les frontières coloniales restent contestées par des récits concurrents, toute revendication symbolique sur des territoires voisins est scrutée avec méfiance.
À Kinshasa, plusieurs voix estiment que ce type de discours alimente des ambiguïtés dangereuses, surtout dans un contexte où l’Est de la RDC fait face à des ingérences étrangères dénoncées à répétition par les autorités congolaises.
Entre mémoire et diplomatie
La controverse entre Museveni et Munubo illustre une réalité persistante dans la région des Grands-Lacs : l’histoire n’est pas seulement un objet de recherche, mais aussi un outil politique, parfois mobilisé pour justifier des positions contemporaines.
Pour de nombreux observateurs, la prudence s’impose afin que les débats mémoriels ne fragilisent pas davantage des relations régionales déjà éprouvées par les crises sécuritaires.
Diddy MASTAKI