La situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo demeure extrêmement préoccupante et fait peser un risque réel de régionalisation du conflit, a averti vendredi 12 décembre dernier Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations-Unies aux opérations de paix, lors d’un briefing au Conseil de sécurité.
Intervenant à la veille des discussions sur le renouvellement du mandat de la MONUSCO, le haut responsable onusien a dressé un tableau sombre d’une crise marquée par la reprise des hostilités, l’expansion territoriale de l’AFC/M23 et l’écart grandissant entre les engagements diplomatiques et la réalité vécue par les populations civiles.
Risque de fragmentation de la RDC
Selon Jean-Pierre Lacroix, les développements récents, notamment au Sud-Kivu, font planer un risque sérieux de fragmentation progressive de la RDC, particulièrement dans sa partie orientale.
L’expansion de l’AFC/M23, la mise en place d’administrations parallèles et l’affaiblissement de la présence de l’État dans certaines zones menacent directement l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.
« Ces dynamiques ne menacent pas uniquement l’Est de la RDC, mais l’ensemble de la région des Grands Lacs », a-t-il souligné.
Des accords fragilisés par la reprise des combats
Ce responsable Onusien a rappelé que des avancées diplomatiques majeures avaient pourtant été enregistrées ces derniers mois, notamment : les Accords de Washington signés le 4 décembre entre la RDC et le Rwanda ; l’accord-cadre de Doha conclu le 15 novembre entre Kinshasa et l’AFC/M23 ; le mécanisme conjoint de surveillance du cessez-le-feu établi le 14 octobre.
Toutefois, la reprise des combats, en particulier la prise d’Uvira le 09 décembre, quelques jours seulement après la signature des accords de Washington, illustre l’écart profond entre les engagements politiques et leur mise en œuvre sur le terrain.
Jean-Pierre Lacroix a mis en garde contre un risque d’effondrement des efforts diplomatiques si les violations du cessez-le-feu se poursuivent.
Une situation humanitaire alarmante
La crise humanitaire atteint des niveaux critiques : 5,35 millions de déplacés internes à travers le pays ; 2,68 millions de nouveaux déplacés depuis janvier 2025 ; plus de 24 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë.
À cela s’ajoute une grave pénurie de financements humanitaires : le plan de réponse humanitaire pour la RDC n’est financé qu’à 22 %, compromettant l’assistance aux populations les plus vulnérables.
La MONUSCO sous pression mais toujours engagée
Malgré d’importantes contraintes opérationnelles et financières, la MONUSCO demeure un acteur clé de la protection des civils, notamment en Ituri, où elle assure une protection directe à plus de 100 000 déplacés, et au Nord-Kivu, face aux menaces des ADF et de l’AFC/M23.
Jean-Pierre Lacroix a également dénoncé les restrictions persistantes imposées à la liberté de mouvement de la Mission, notamment à Goma, entravant l’accès humanitaire et les rotations du personnel.
Un appel clair au Conseil de sécurité
Le Secrétaire général adjoint a exhorté le Conseil de sécurité à faire preuve d’une réaction unie, ferme et déterminée, afin de : faire respecter la résolution 2773 (2025) ; imposer le respect du cessez-le-feu ; soutenir les processus de médiation en cours ; garantir à la MONUSCO les moyens nécessaires à l’exécution de son mandat.
« Les avancées diplomatiques doivent désormais se traduire par des améliorations réelles sur le terrain, afin que le peuple congolais puisse enfin entrevoir la sécurité et la stabilité auxquelles il aspire », a-t-il conclu.
Diddy MASTAKI