Un différend stratégique oppose actuellement la Belgique, la République Démocratique du Congo et la société Américaine « KoBold Metals » au sujet de l’accès à des millions de documents géologiques datant de l’époque coloniale, conservés au sein de l’AfricaMuseum à Tervuren, près de Bruxelles. Ces archives comprennent des cartes, relevés et rapports détaillés sur le sous‑sol Congolais, notamment sur les gisements de cobalt, de cuivre et de lithium des ressources essentielles pour les technologies de transition énergétique.
En 2025, les autorités Congolaises et « KoBold Metals » avaient signé un accord de principe pour que la société Américaine numérise ces archives afin de les analyser à l’aide de l’intelligence artificielle et accélérer l’exploration des gisements dans la RDC. KoBold, qui utilise des technologies avancées d’exploration et a déjà obtenu plusieurs permis de recherche couvrant plus de 1 600 km², considère ces données comme un atout stratégique pour identifier de nouvelles réserves.
Mais la Belgique refuse d’accorder à KoBold un accès exclusif à l’ensemble de ces documents, jugeant que les archives sont des « fonds publics fédéraux » et ne peuvent être privatisées ou réservées à une seule entreprise étrangère. Selon les autorités belges, un projet de numérisation financé par l’Union européenne est déjà en cours, avec des copies numériques transmises progressivement aux autorités congolaises, dans un cadre scientifique et non exclusif. Des copies existent déjà auprès des services géologiques congolais depuis 2010.
La position de Bruxelles portée par des responsables comme Vanessa Matz, ministre Belge du Numérique et de la Politique scientifique, ainsi que par la direction du musée met en avant la défense du patrimoine public et scientifique et le respect des règles belges et européennes sur la gestion des archives.
Au‑delà d’un simple débat technique, cette confrontation révèle des enjeux économiques et géopolitiques majeurs. Elle soulève des questions de souveraineté sur les ressources naturelles de la RDC, de gouvernance des données stratégiques et d’héritage colonial. Pour certains observateurs, la volonté de Kinshasa d’accélérer l’accès à ces archives illustre une volonté de tirer pleinement parti des richesses minières du pays, alors que l’Afrique demeure au centre de la compétition mondiale pour les métaux critiques indispensables aux industries du XXIᵉ siècle.
Les discussions entre les parties se poursuivent, avec l’objectif de concilier l’accès partagé aux données, les intérêts économiques du secteur minier et la préservation de la mémoire historique, dans un contexte où le contrôle des archives coloniales reste un sujet sensible.
Diddy Mastaki