Le discours de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo sur la convocation du dialogue national suscite déjà des réactions au sein de la classe politique Congolaise. Parmi les premières voix à se prononcer, celle de Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur, qui salue les orientations annoncées par le président de la République.
Dans une lecture du discours prononcé le 27 août, Julien Paluku retient trois principaux axes : la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État. Pour lui, ces trois priorités traduisent la volonté du chef de l’État d’imprimer une nouvelle orientation au processus de dialogue en République Démocratique du Congo.
Une paix fondée sur la justice et la sécurité
Sur la question de la paix, Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de parvenir à une paix durable, qui ne soit pas simplement synonyme d’absence de combats.
Une orientation résumée par l’expression « pas une paix de cimetière ». Selon cette approche, la paix doit aller de pair avec la justice, la sécurité, la stabilité et le rétablissement effectif de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Cette question revêt une importance particulière alors que l’Est de la RDC reste confronté à l’activisme de groupes armés et que plusieurs initiatives de paix ont été engagées ces dernières années.
« Pas une cohésion piégée »
Le deuxième axe concerne la cohésion nationale. Là aussi, le chef de l’État semble vouloir éviter les schémas issus des précédents processus politiques.
Pour Julien Paluku, il ne s’agit pas de construire une cohésion de façade ni de reproduire des arrangements politiques susceptibles de créer de nouvelles tensions.
L’expression « pas une cohésion piégée » résume cette orientation. Le dialogue devrait ainsi privilégier l’intérêt national, la responsabilité politique et le respect des institutions démocratiques.
Une telle approche pourrait remettre en question les pratiques de négociation et de partage du pouvoir qui ont marqué plusieurs épisodes de l’histoire politique récente de la RDC.
« Pas de prime à la guerre »
La refondation de l’État constitue le troisième axe mis en avant par Julien Paluku dans son analyse.
Le principe est clair : la prise des armes ne devrait pas donner accès à des avantages politiques, institutionnels ou économiques.
Dans cette logique, ceux qui renoncent à la violence et choisissent la voie politique pourraient participer au processus de reconstruction nationale, à condition de respecter les règles démocratiques.
La nouvelle équation défendue par le camp présidentiel peut ainsi être résumée en trois options : prendre les armes conduit à l’affrontement avec l’État ; déposer les armes ouvre la voie au dialogue ; choisir les urnes demeure la voie démocratique.
La référence à Patrice-Emery Lumumba
Dans cette nouvelle orientation, Julien Paluku fait également référence à l’héritage de Patrice-Emery Lumumba, figure emblématique de l’indépendance Congolaise.
Il évoque notamment une formule attribuée au héros national : « L’histoire du Congo s’écrira au Congo, par ses dignes fils et filles, une histoire de gloire et de dignité ».
Cette référence souligne, selon cette lecture, la volonté de privilégier la souveraineté nationale et de faire du dialogue un mécanisme permettant aux Congolais de définir eux-mêmes l’avenir de leur pays.
« Un fin stratège »
Le ministre du Commerce extérieur estime par ailleurs que le discours présidentiel pourrait avoir pris de court certains acteurs politiques qui espéraient voir se reproduire les mécanismes traditionnels des précédents dialogues.
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu se montre particulièrement incisif dans sa conclusion : « Quand on tente d’affronter un fin stratège, on se retrouve toujours avec un train de retard ».
Pour Julien Paluku, le message présidentiel marque ainsi une volonté de rompre avec une pratique politique dans laquelle la violence armée pouvait, à certains moments, devenir un moyen de négociation ou d’accès au pouvoir.
La ligne défendue repose désormais sur trois principes : une paix sans capitulation, une cohésion nationale sans piège et une refondation de l’État sans récompense pour la guerre.
Reste à savoir comment ces orientations seront traduites concrètement dans le processus du dialogue national et sur le terrain. Pour les partisans du président Tshisekedi, le discours du 27 août constitue une étape importante. Ses détracteurs, eux, attendent des résultats concrets pour juger de l’efficacité de cette nouvelle approche.
Pacheco Kavundama