Une polémique née en Ouganda autour d’une querelle à caractère familial et politique a pris une dimension régionale après l’intervention du général Muhoozi Kainerugaba, chef des Forces de défense du peuple Ougandais (UPDF). Plusieurs de ses publications sur le réseau social X, faisant notamment référence aux identités Hutu et Tutsi, ont provoqué une réaction inhabituelle du gouvernement Rwandais.
Au cœur de la controverse figure également une publication dans laquelle Muhoozi s’en prend directement au président Rwandais Paul Kagame.
« Le Tutsi le plus dangereux que j’aie jamais rencontré dans ma vie est le président Kagame. Lorsqu’il rit beaucoup, sachez que vous êtes déjà mort », a écrit le général Ougandais.
Cette publication, qui aurait ensuite été supprimée, a rapidement alimenté les réactions dans la région des Grands Lacs, où toute référence aux appartenances ethniques demeure particulièrement sensible en raison de l’histoire politique et des violences qui ont marqué la région.
Kigali prend ses distances
Face à la polémique, Yolande Makolo, Porte-parole du gouvernement Rwandais, a publiquement rejeté les propos à caractère ethnique attribués au général Ougandais.
« Nous avons vu ce message et les questions qu’il a soulevées, et nous ne sommes pas d’accord avec l’extrémisme ethnique qui y est exprimé », a déclaré la porte-parole rwandaise.
Yolande Makolo a tenu à distinguer la position officielle de Kigali des déclarations de Muhoozi.
« On peut avoir son opinion sur le Rwanda, mais il ne faut pas déformer l’image des Rwandais ni nous associer à ce genre de pensée », a-t-elle ajouté.
La Porte-parole a également estimé que si les publications de Muhoozi concernaient une affaire propre à l’Ouganda, elles devaient rester dans ce cadre et ne pas impliquer le Rwanda.
Muhoozi interpelle directement la Porte-parole Rwandaise
La réaction de Kigali n’a pas tardé à provoquer une nouvelle intervention du général Ougandais. Muhoozi Kainerugaba s’est directement adressé à Yolande Makolo pour lui demander si sa déclaration constituait réellement la position officielle du gouvernement Rwandais.
« Madame la porte-parole, est-ce la position officielle du gouvernement du Rwanda sur quelque chose que j’ai publié et qui n’avait rien à voir avec le Rwanda ? », a-t-il demandé.
Une question qui donne une dimension diplomatique à une controverse initialement déclenchée par des échanges sur les réseaux sociaux.
Le Rwanda invoque son choix d’unité nationale
Dans sa réponse, Yolande Makolo a réaffirmé la ligne défendue par Kigali depuis plusieurs décennies : le rejet de l’extrémisme ethnique et la promotion de l’unité nationale.
« Le Rwanda n’adhère pas à l’extrémisme ethnique. Nous avons travaillé dur pour laisser cela derrière nous. Nous n’en avons pas besoin et nous n’en voulons pas », a-t-elle insisté.
Selon elle, la vision politique du Rwanda au cours des 32 dernières années a précisément consisté à dépasser les divisions ethniques et à renforcer l’unité entre les Rwandais.
Cette prise de position intervient alors que Muhoozi et Kagame entretiennent des relations personnelles et familiales étroites. Le général Ougandais qualifie régulièrement le président Rwandais de « mon oncle », illustrant la proximité entre les deux familles.
Une polémique aux résonances régionales
Au-delà de la querelle entre personnalités, cette séquence met en lumière la sensibilité persistante de la question identitaire dans la région des Grands Lacs.
En introduisant lui-même la référence aux identités ethniques dans ses publications, puis en citant directement Paul Kagame, Muhoozi a provoqué une réaction de Kigali qui cherche désormais à désolidariser officiellement le Rwanda de cette rhétorique.
La question reste toutefois ouverte : en répondant publiquement à Muhoozi, le gouvernement Rwandais entend-il simplement condamner l’extrémisme ethnique ou cherche-t-il également à éviter que les propos d’un haut responsable militaire Ougandais ne soient assimilés à la position de Kigali ?
Pour l’heure, Kigali affirme une ligne claire : aucune référence ethnique ne doit remettre en cause le choix politique rwandais de l’unité nationale.
Diddy Mastaki