Alors que l'épidémie d'Ebola frappe à nouveau l'Est de la République Démocratique du Congo, le ministre de la santé publique, Roger Kamba, a fait le point sur la situation jeudi 04 juin à Kinshasa.
Entre lueurs d'espoir avec les premières guérisons et l'immense défi sécuritaire posé par la rébellion de l’AFC/M23, la bataille sanitaire s'annonce particulièrement complexe.
L'annonce d'un cas de guérison à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, a mis en lumière la complexité d'intervenir dans une région en proie aux conflits armés. Cette zone, actuellement sous le contrôle de la rébellion de l’AFC/M23 (soutenue par le Rwanda), complique sérieusement le travail des autorités sanitaires. Le ministre Roger Kamba s'est montré très transparent sur les limites de l'action gouvernementale dans ces territoires, déclarant que les autorités ne peuvent pas déployer correctement la riposte faute de contact direct avec ces zones, bien que les équipes et les laboratoires sur place restent ceux de l'État.
Si la surveillance épidémiologique est maintenue, elle se fait désormais à distance et de manière indirecte. Conséquence directe de ce manque de coordination : un suivi médical forcément dégradé. Le ministre a notamment révélé que 533 personnes contacts sont actuellement surveillées dans le Nord-Kivu, mais de manière moins efficace en raison de l'absence de liaisons directes sur le terrain.
Malgré ce contexte hostile, la médecine marque des points. Roger Kamba a confirmé que le cas de Goma n'est pas isolé. Au total, sept guérisons ont déjà été officiellement enregistrées à travers le pays, dont six en Ituri et une à Goma.
Pour couper court à toute spéculation, le ministre a tenu à rappeler les critères cliniques et biologiques stricts qui définissent médicalement une guérison. Il s'agit d'une personne qui a été malade, dont le premier test était positif, qui ne présente plus aucun symptôme, et dont deux tests successifs réalisés à deux jours d’intervalle se révèlent négatifs.
Déclarée le 15 mai 2026 dans la province de l’Ituri avant de s'étendre au Nord et au Sud-Kivu, cette 17ᵉ épidémie d'Ebola en RDC inquiète au plus haut point la communauté internationale.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) l'a d'ailleurs classé comme une urgence de santé publique de portée internationale. La raison majeure de cette inquiétude réside dans le fait qu'il s'agit d'une souche rare du virus, pour laquelle il n'existe actuellement aucun vaccin homologué ni traitement spécifique.
Cette crise sanitaire vient se greffer sur une région déjà exsangue. L'Est de la RDC traverse une crise humanitaire sans précédent où plus de 26 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë. La malnutrition chronique, les déplacements massifs de populations et la fragilité des services de santé brisent la résilience des communautés et augmentent le risque de mortalité.
Enfin, l'activisme des groupes armés et les affrontements militaires bloquent l'accès aux soins, tandis que les initiatives diplomatiques, notamment celles menées par les États-Unis et le Qatar, restent pour l'heure dans l'impasse. Dans ce corridor de l'extrême vulnérabilité, le personnel soignant congolais continue de se battre pour éviter que le virus ne se propage hors de contrôle.
Gloiredo Ngise