Plus de 300 conflits coutumiers ont été recensés en 2025 en République Démocratique du Congo, saturant les tribunaux et alimentant des tensions dans plusieurs régions du pays. C’est ce qu’a déclaré le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, mercredi 04 mars 2026 à Kinshasa, lors de sa participation au Forum national des affaires coutumières.
Selon une dépêche de la cellule de communication du ministère de la justice, ces assises sont organisées par le ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières sous le haut patronage du président de la République, Félix Tshisekedi, et présidées par le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Jacquemin Shabani. Les travaux se tiennent dans la grande salle du stade Tata Raphaël.
Intervenant sur le thème « Affaires coutumières et justice », Guillaume Ngefa a tiré la sonnette d’alarme face à la crise grandissante de l’autorité coutumière en République Démocratique du Congo. Dans son exposé, il a dénoncé certaines dérives clientélistes qui, selon lui, menacent l’esprit de la loi de 2015 relative au statut des chefs coutumiers. Il a également plaidé pour une meilleure articulation entre la justice formelle et les mécanismes traditionnels de règlement des conflits.
Le ministre de la Justice a par ailleurs évoqué la question du retour des tribunaux coutumiers dans l’architecture judiciaire Congolaise. Pour lui, il devient nécessaire de repenser les mécanismes permettant de renforcer le rôle de l’autorité traditionnelle dans la gestion des conflits locaux.
« Loin d’être un vestige du passé, le pouvoir traditionnel demeure un pilier de la cohésion sociale », a-t-il affirmé.
Dans ce même contexte, dès les premières heures de la matinée, la salle du forum était remplie de l’élite coutumière Congolaise. Des centaines de chefs coutumiers, vêtus de leurs tenues traditionnelles symbolisant leur autorité, ont pris part à ces assises qui se poursuivent jusqu’au 05 mars 2026 et devraient déboucher sur des recommandations visant à renforcer le rôle de l’autorité coutumière dans le pays.
Plusieurs personnalités ont également participé à cette rencontre, notamment la ministre du Genre, Famille et Enfant, Micheline Ombae, ainsi que la conseillère spéciale du chef de l’État chargée de la jeunesse, de la lutte contre les violences faites aux femmes et de la traite des personnes.
Prenant la parole, Micheline Ombae a souligné le rôle essentiel des femmes dans la stabilité des communautés.
« La femme est actrice de la cohésion sociale et pourvoyeuse de la sécurité alimentaire », a-t-elle déclaré.
Du côté des autorités coutumières, plusieurs préoccupations ont été exprimées. Le chef coutumier Kianza de Feshi, dans la province du Kwango Province, a plaidé pour la mise en place de tribunaux coutumiers afin de faciliter la résolution des conflits à la base et désengorger les juridictions formelles.
Un autre chef coutumier venu de Lisala a soulevé la question de la rémunération des autorités traditionnelles. Selon lui, les chefs coutumiers de cette région ne perçoivent plus leurs rémunérations depuis huit ans.
« Nous travaillons pour le développement de nos communautés, mais nous n’avons pas de moyens pour subvenir à nos besoins », a-t-il regretté.
Gloire MALUMBA