Un nouveau rapport du « Congo Research Group » et du Center on International Cooperation de l’Université de New-York met en lumière un acteur souvent relégué au second plan dans la crise sécuritaire de l’est de la République démocratique du Congo : l’Ouganda.
Une reconstitution progressive après 2013
Selon ce document publié en avril 2026, la résurgence du Mouvement du 23 mars ne serait pas uniquement le fruit de dynamiques internes Congolaises ou du soutien Rwandais souvent évoqué, mais également d’un processus de réorganisation amorcé sur le sol Ougandais.
Après leur défaite en 2013, une grande partie des combattants du mouvement aurait trouvé refuge dans le camp militaire de Bihanga, situé à plusieurs centaines de kilomètres de Kampala. C’est depuis cette base que des activités de recrutement auraient été relancées à partir de 2021, avec, selon le rapport, une certaine tolérance, voire complicité, des autorités locales.
Le rapport cite également des sources selon lesquelles le déplacement du chef militaire Sultani Makenga vers la zone stratégique du mont Sabyinyo à la jonction entre l’Ouganda, le Rwanda et la RDC aurait été facilité par des officiers supérieurs de l’armée ougandaise.
Par la suite, des éléments de l’Uganda People’s Defence Force auraient été identifiés comme instructeurs dans certains camps d’entraînement du M23, renforçant les capacités opérationnelles du groupe.
Au-delà de l’implication directe, le rapport met en évidence une dimension géopolitique plus large. L’intensification de la présence militaire Ougandaise en Ituri, combinée à des projets d’infrastructures routières près de la frontière Rwandaise, aurait contribué à raviver les tensions avec Rwanda.
Cette rivalité entre Kampala et Kigali est présentée comme un facteur déclencheur sous-estimé de la reprise des hostilités, chaque acteur cherchant à préserver ou étendre son influence dans l’est Congolais.
Ces révélations viennent complexifier la lecture du conflit, souvent réduite à un face-à-face entre la RDC et le Rwanda. Elles suggèrent l’existence d’un jeu d’acteurs régionaux plus large, où les intérêts stratégiques, sécuritaires et économiques s’entrecroisent.
Toutefois, comme pour tout rapport de ce type, ces conclusions reposent sur des sources et des analyses susceptibles d’être contestées par les États concernés.
En mettant en lumière le rôle présumé de l’Ouganda, ce rapport souligne une réalité persistante : la crise dans l’est de la République Démocratique du Congo ne peut être comprise sans intégrer les rivalités régionales qui la nourrissent.
Dans ce contexte, toute perspective de stabilisation durable dépendra autant des dynamiques internes congolaises que de l’évolution des relations entre les puissances voisines.
Diddy Mastaki