Il est des réflexions dominicales qui tombent comme un miroir tendu à nos sociétés. Celle livrée dimanche 13 juillet 2025 par Julien Paluku Kahongya, ministre Congolais du Commerce Extérieur et doctorant en sciences politiques à l’Université de Kinshasa, mérite cette attention-là. À travers une analyse lucide, il pointe du doigt un mal profond qui freine l’élan de développement de l’Afrique : la politisation excessive de la vie publique.
« Trop de politique ou de politisation de la vie publique éloigne les pays Africains de l’objectif de leur développement », affirme-t-il d’emblée. Une phrase simple, mais qui résume plusieurs décennies d’occasions manquées.
Un continent pris au piège de la querelle permanente
Dans sa réflexion, Julien Paluku revisite la trajectoire de plusieurs pays aujourd’hui émergents des États-Unis d'Amérique au Japon, en passant par la Chine, Singapour, l’Indonésie ou encore le Maroc et l’Afrique du Sud. À ses yeux, leur point commun tient dans une décision collective de dépasser les luttes politiques stériles pour construire des modèles économiques solides, planifiés et porteurs.
À l’inverse, sur le continent Africain, nombreux sont ceux qui, depuis les indépendances, ont fait de l’opposition politique déclarée ou déguisée le cœur battant de leur carrière, souvent au détriment de la vision, du projet, et de la nation.
Des dirigeants sur la défensive, des opposants sans cap
Julien Paluku ne ménage ni ceux qui gouvernent, ni ceux qui contestent. Il dénonce des dirigeants qui, depuis 60 ans, peinent à formuler des modèles de développement clairs, préférant se réfugier dans des stratégies d’auto-protection face aux critiques. En résulte une gouvernance fondée sur la peur, l’improvisation et parfois même l’immobilisme.
Mais l’opposition, elle non plus, n’échappe pas à cette critique. Il décrit deux postures : l’une de façade, utile au régime en place pour jouer la carte de la pluralité, et l’autre, plus sincère, mais souvent prisonnière d’une logique de dénonciation sans propositions.
Parlementaires et élites : le grand éloignement
Le rôle du Parlement, censé être un contrepoids et une force de régulation, est selon lui détourné par une polarisation aveugle, où majorité et opposition se livrent à un jeu de rôles stérile. Et pendant que les institutions s’enlisent, une partie de l’élite Africaine reste à la merci du clientélisme et de la précarité, incapable de proposer une vision transversale au service de l’intérêt général.
Pire encore, des réseaux internationaux exploitent cette faiblesse pour maintenir les États Africains dans une forme de dépendance ou d’alignement stratégique néfaste, souvent motivé par des intérêts géopolitiques ou économiques.
La RDC et l’espoir d’un changement de paradigme
Il faut noter que Julien Paluku ne se limite pas à un constat. Il cite la RDC parmi les pays qui amorcent une réorientation stratégique, notamment à travers son Plan National Stratégique de Développement (PNSD). Un outil encore jeune, mais qui pourrait, s’il est sérieusement mis en œuvre, offrir un cap structurant.
Une invitation à la critique constructive
Plus qu’un pamphlet, cette réflexion est une invitation à la critique scientifique, à l’introspection collective. Le développement ne peut naître de la cacophonie permanente ni du tumulte politique. Il exige de la stabilité, une vision partagée, une élite responsable et une population engagée.
« L’Afrique n’a pas besoin de moins de politique. Elle a besoin de mieux de politique. Une politique au service du développement, de la justice sociale, de la croissance partagée. Une politique qui cesse de se regarder le nombril pour regarder enfin l’horizon », a-t-il dit.
Alors, oui, la prochaine bataille du continent ne se jouera pas uniquement dans les urnes ou dans les couloirs du pouvoir, mais dans la capacité à penser, planifier et bâtir durablement. Et cela commence par le courage de dire, comme le fait Julien Paluku : nous avons tous une part de responsabilité, et il est temps d’en sortir.
Diddy MASTAKI