L’alliance des Congolais pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP) en sigle a formellement appelé le gouvernement congolais à procéder à une délimitation « consensuelle et définitive » du Parc National des Virunga (PNVI), dénonçant un tracé hérité de la colonisation devenu source de violences persistantes entre éco-gardes et populations locales.
Dans une note adressée à la ministre de l'Environnement, dont congorassure.cd a pris connaissance mercredi, le président de l'ACDIP, Mumbere Kisalu wa Kasimba Jonas, exhorte Kinshasa à corriger ce qu'il qualifie d'« injustice historique ». Créé en 1925 sous l'administration coloniale belge, le plus vieux parc d'Afrique est aujourd'hui le théâtre de heurts réguliers liés à l'accès aux terres arables.
Selon lui, les limites fixées par décret royal en 1925, puis étendues en 1929 et 1950, n'ont jamais intégré les droits des populations autochtones.
« Privées de leurs terres ancestrales sans aucune forme de procès, les communautés riveraines défient aujourd'hui des limites qu'elles jugent unilatérales », souligne la note.
Cette pression foncière s'est accentuée avec l'explosion démographique et l'afflux de déplacés de guerre dans l'est de la République démocratique du Congo. L'ACDIP pointe notamment la situation à Mayangose, près de Beni, considéré comme un « grenier productif » vital, où la destruction de 20 hectares de cultures par les éco-gardes en septembre 2025 avait provoqué une révolte paysanne.
Le document dresse un bilan alarmant des derniers mois, février 2026, des altercations à Kididiwe ont fait plusieurs blessés par balles parmi les agriculteurs. Kasindi, des milliers d'habitants se voient privés d'accès à l'eau et à l'électricité, les terres étant officiellement rattachées au parc. L'ACDIP avertit que cette méfiance envers l'Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) profite aux groupes armés, qui se posent en « défenseurs » des populations pour légitimer leur exploitation illicite des ressources du parc.
Pour sortir de l'impasse, Jonas Kasimba propose une série de mesures radicales, dont la « désaffection » d'une partie des terres au profit des riverains et un partage plus équitable des revenus touristiques et énergétiques générés par le site, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.
« La délimitation ne doit pas être un simple exercice cartographique, mais un impératif de paix », conclut le texte, appelant le président de la République à sceller ces nouvelles limites par ordonnance pour mettre fin à un cycle de violences vieux de plus de deux décennies.
Daudi Amin