Dans une série de déclarations aux accents politiques et religieux lors d’un entretien avec le journaliste Stanis Bujakera, l’archevêque Albert Kankienza a pris la défense du président Félix Tshisekedi.
Dans la foulée, Albert Kankienza a accusé une partie de l’Église catholique de ne pas accepter l’influence grandissante des Églises de réveil au sein du pouvoir congolais. Il s’est également exprimé sur la révision de la Constitution, son passé de soutien à Joseph Kabila et les conditions qu’il juge nécessaires à la réussite du dialogue national.
Pour Albert Kankienza, la proximité affichée de Félix Tshisekedi avec les Églises évangéliques et de réveil constitue l’une des principales sources de tension avec les milieux catholiques. Selon lui, le chef de l’État est victime d’un rejet motivé avant tout par son identité religieuse.
« Félix Tshisekedi est un président chrétien, de tendance évangélique et réveil, entouré de beaucoup de pasteurs de réveil. Je pense que les autres ne supportent pas cela », affirme-t-il.
L’archevêque estime que si le président appartenait à l’Église catholique, « comme Mobutu ou Kasa-Vubu », les réactions seraient différentes. À ses yeux, certains responsables catholiques considèrent encore les pasteurs de réveil comme des « pasteurs des sectes » et voient d’un mauvais œil leur influence croissante auprès des autorités.
Poursuivant son analyse, Albert Kankienza estime que les Églises de réveil occupent désormais une place incontournable dans le paysage religieux congolais.
« Le fait que Félix Tshisekedi soit un fidèle chrétien proche des Églises de réveil dérange l’Église catholique. Ils ont eu leur saison, il faut qu’ils acceptent notre saison. Les Églises de réveil, nous sommes aujourd’hui une force », soutient-il.
L’archevêque s’en est également pris au cardinal Fridolin Ambongo, qu’il accuse d’entretenir une hostilité à l’égard du président de la République.
« Le cardinal Fridolin Ambongo nous traite de voyous. Et il a déclaré ne pas supporter le président Félix Tshisekedi », affirme-t-il, sans apporter davantage de précisions sur le contexte de cette déclaration.
Albert Kankienza est également revenu sur son engagement politique passé. Il révèle avoir soutenu Joseph Kabila lors de l’élection présidentielle de 2006, un choix qui, selon lui, lui aurait valu de lourdes conséquences personnelles.
« Cette campagne m’a coûté cher. Pendant treize ans, je ne pouvais pas aller en Europe, je ne pouvais pas aller aux États-Unis, je ne pouvais même pas voir mes propres enfants qui étaient en Afrique du Sud, simplement à cause de mon soutien à l’ancien président », affirme-t-il.
Sur le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution, l’archevêque adopte une position nuancée. Tout en se disant favorable à un changement si certaines allégations étaient avérées, il insiste sur son indépendance politique.
« Si cette Constitution a été faite ailleurs et approuvée à Kigali, comme nous l’entendons, alors je soutiens le changement de la Constitution », déclare-t-il. Avant de préciser : « Je ne suis pas de l’UDPS, je ne suis pas de l’Union sacrée, je ne suis pas chantre du changement de la Constitution. Je suis pasteur. »
Enfin, Albert Kankienza a évoqué la question du dialogue national et de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Il estime que toute initiative de réconciliation doit passer par une reconnaissance des responsabilités de ceux qui ont choisi la voie des armes.
« Ceux qui ont pris les armes doivent avoir le courage de reconnaître cette manipulation, de se repentir et de regretter ces actes », affirme-t-il, estimant que cette démarche constitue l’une des conditions indispensables à la réussite d’un dialogue durable.
Rédaction