La pression monte autour du projet de loi fixant les conditions d’organisation du référendum en République Démocratique du Congo. Alors que le texte final repose désormais sur la table du Chef de l'État pour promulgation, 64 organisations de la société civile sont montées au créneau lundi 10 août à Kinshasa pour appeler instamment Félix Tshisekedi à y apposer son veto.
Lors d’une conférence de presse animée par Jeff Bambi, les représentants de ces structures ont présenté un mémorandum conjoint. Tout en prenant acte de l’arrêt rendu le 28 juillet dernier par la Cour constitutionnelle qui a déclaré le texte conforme à la Loi fondamentale, ils ont vivement pointé du doigt les 13 réserves d’interprétation émises par la haute cour sur les 44 articles que compte la loi. Pour les signataires, la présence de ces nombreuses réserves soulève d'importantes interrogations, tant sur la portée juridique réelle du texte que sur la pertinence d'engager le pays dans une démarche référendaire sous sa forme actuelle.
Parmi les collectifs et mouvements citoyens engagés figurent notamment la LUCHA-RDC, Filimbi, Alert RDC, Biso Peuple, Ekoki RDC, la Dynamique « Non au changement de la Constitution », Civil Bridge, Génération Z RDC ou encore le Groupe Lotus. Pour ces acteurs de la société civile, l'agenda politique actuel est en décalage avec les urgences du terrain. Ils estiment que l'attention et les ressources du gouvernement devraient être prioritairement orientées vers la restauration de la paix et de la souveraineté nationale, la protection effective des populations civiles, la réponse aux urgences humanitaires et sanitaires, le retour sécurisé des personnes déplacées internes ainsi que la préparation dans les délais des prochaines échéances électorales.
« Aucune de ces priorités ne nécessite une modification ou un changement de la Constitution », tranchent fermement les signataires dans leur mémorandum.
En appelant le président de la République à mettre un terme définitif au processus référendaire, la société civile tire la sonnette d'alarme sur les conséquences politiques d'une éventuelle promulgation.
Selon ces organisations, valider cette loi pourrait être interprété par l'opinion comme la confirmation d'une volonté d'amender la Charte fondamentale afin de permettre un maintien au pouvoir au-delà des limites fixées par la Constitution de 2006. Une perspective qui, préviennent-elles, risquerait d'aggraver les tensions sociopolitiques et d'ébranler la stabilité déjà fragile du pays.
Gloiredo Ngise