La République démocratique du Congo s’oppose fermement à l’organisation du Grand Prix de Formule 1 au Rwanda. Thérèse Kayikwamba Wagner dénonce le risque de voir cet événement améliorer l’image internationale de Paul Kagame, sur fond de guerre dans l’est de la RDC. Kinshasa réaffirme parallèlement son soutien à une course en Afrique du Sud.
Le retour de la Formule 1 en Afrique suscite une vive contestation congolaise quant au choix du pays hôte. Alors que la F1 a annoncé, le 13 octobre 2026, un accord de dix ans avec le Rwanda, prévoyant une première course au début des années 2030, Kinshasa exprime son mécontentement.
La patronne du ministère congolais des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner rappelle avoir alerté, dès février 2025, Stefano Domenicali et les responsables de la Formule 1. Elle estimait alors qu’autoriser le Rwanda à accueillir un Grand Prix serait moralement indéfendable.
Kinshasa dénonce une vitrine internationale pour Paul Kagame
La position congolaise distingue le retour de la compétition sur le continent du choix du Rwanda pour l’accueillir. « La RDC se réjouit du retour de la Formule 1 en Afrique, mais offrir cette tribune à Paul Kagame contribuerait à polir l’image d’un dirigeant autoritaire dont le gouvernement a contribué à alimenter une guerre dévastatrice dans notre pays », affirme Thérèse Kayikwamba Wagner.
La responsable congolaise estime ainsi que le rayonnement mondial de la F1 pourrait servir à améliorer l’image des autorités rwandaises, alors que leur rôle dans le conflit en RDC demeure au cœur des critiques de Kinshasa.
Dans sa déclaration, elle évoque les souffrances des populations civiles, les violences et les déplacements forcés. Elle accuse également le Rwanda de tirer profit de minerais congolais exploités illégalement, acheminés sur son territoire puis exportés, contribuant selon elle à entretenir le conflit.
Les sanctions contre l’armée rwandaise au cœur de l’argumentaire
Pour étayer son opposition au Grand Prix de F1 au Rwanda, Thérèse Kayikwamba Wagner rappelle les sanctions américaines visant l’armée rwandaise et quatre de ses hauts responsables.
Le 2 mars 2026, le département américain du Trésor a effectivement annoncé ces sanctions. Washington reproche aux Forces de défense rwandaises de soutenir, de former et de combattre aux côtés du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.
« Lorsque l’armée d’un pays est sanctionnée pour ses actions à l’intérieur d’un État voisin, l’atteinte à sa crédibilité internationale est évidente. Un Grand Prix ne peut effacer ce bilan », souligne la ministre dans la déclaration transmise.
Pour Kinshasa, l’organisation d’un événement sportif de cette ampleur ne saurait donc être dissociée des responsabilités liées à la déstabilisation de l’est congolais.
La RDC demande des garanties sur le financement de la course
Kinshasa interpelle également la Formule 1 sur l’origine des fonds destinés à l’organisation du Grand Prix.
Thérèse Kayikwamba Wagner demande des garanties crédibles et indépendantes permettant de s’assurer qu’aucun financement ne provienne de minerais liés au conflit ou de l’exploitation des ressources congolaises. La ministre appelle les responsables de la discipline à démontrer, à travers leurs décisions, les valeurs qu’ils entendent défendre auprès des spectateurs et des partenaires du championnat.
L’Afrique du Sud conserve le soutien de Kinshasa
Malgré son opposition au choix du Rwanda, la RDC maintient son soutien à l’accueil d’une course sur le continent africain. « J’ai déclaré l’année dernière que la RDC soutiendrait la candidature de l’Afrique du Sud pour accueillir une course, et c’est toujours le cas », rappelle Thérèse Kayikwamba Wagner.
De leur côté, la F1 et les autorités rwandaises présentent leur partenariat comme un projet de développement du tourisme, des infrastructures, des compétences et de l’économie locale. La course doit se tenir sur un nouveau circuit à Bugesera, dont l’achèvement conditionnera son lancement. La date précise de la première édition reste à annoncer.
Rédaction