La ville de Beni, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, est traversée par un climat de doute et de méfiance après l’annonce de la réapparition du virus Ebola, souche de Bundibugyo, dans la province de l’Ituri. Sur le terrain, une partie de la population ne croit pas à cette nouvelle alerte sanitaire et parle plutôt d’une manipulation visant à faire souffrir les habitants.
Ce mercredi 27 mai, dans plusieurs lieux publics de Beni, les discussions tournent autour de cette annonce. Mais contrairement aux alertes sanitaires habituelles, cette fois, beaucoup de citoyens expriment leur scepticisme. Certains estiment que la maladie ne serait pas réelle ou qu’elle serait exagérée.
« On nous a déjà fait souffrir avec Ebola. Aujourd’hui, on ne sait plus si c’est vrai ou si c’est encore une histoire pour nous effrayer », confie un habitant rencontré au centre-ville.
Ce doute est fortement alimenté par les rumeurs et les intoxications qui circulent sur les réseaux sociaux. Des messages contradictoires remettent en cause l’existence même de la maladie ou sa réapparition dans la région.
« La population est influencée par les fausses informations et finit par croire que tout cela est fabriqué », explique un acteur communautaire qui a parlé sous anonymat pour se préserver de menaces de la population qui a toujours du mal à accepter cette maladie.
Dans ce climat de confusion, les agents de santé font face à une double difficulté : la lutte contre la maladie et la lutte contre la méfiance. Pour eux, le refus de croire à l’existence du virus peut aggraver les risques en cas de propagation réelle.
« Le danger, c’est quand les gens refusent de croire à la maladie. Cela rend la prévention très difficile », alerte un agent de santé local.
Les professionnels de santé insistent donc sur la nécessité de renforcer la communication et la sensibilisation afin de rétablir la confiance avec la population et éviter une éventuelle crise sanitaire.
« Il faut expliquer clairement, sur le terrain, pour éviter que les rumeurs prennent le dessus », a-t-il souligné.
Pour l’instant, la ville de Beni n’est pas officiellement touchée par les nouveaux cas signalés en Ituri. Mais elle est considérée comme une zone à risque en raison de sa position stratégique.
Beni est en effet un carrefour important de mouvements de populations. Le rond-point Nyamwisi relie plusieurs axes majeurs, notamment la Route nationale 4 vers la Tshopo et l’Ituri, ainsi que la Route nationale 2 vers d’autres zones de l’est de la RDC et de l’Afrique de l’Est.
« Beni est un point de passage très actif. Si une maladie y arrive, elle peut se propager très vite », rappelle un habitant.
Dans ce contexte, la principale difficulté ne se limite plus au virus lui-même, mais à la confiance de la population. Entre peur du passé, rumeurs actuelles et rejet de l’information officielle, la ville de Beni avance dans une atmosphère de forte incertitude.
Diddy Mastaki