La province de l’Ituri reste le principal foyer de la 17ᵉ épidémie d’Ebola qui sévit en République Démocratique du Congo. En mission d’évaluation à Bunia, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Kamba, a indiqué que l’Ituri concentre 827 des 896 cas confirmés recensés à travers le pays depuis la déclaration officielle de l’épidémie le 15 mai dernier.
« L’Ituri représente aujourd’hui plus de 92 % des cas confirmés enregistrés au niveau national », a souligné le ministre lors d’un briefing consacré à l’évolution de la riposte dans la province.
Accompagné du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, ainsi que de la ministre des Affaires humanitaires, Ève Bazaiba, Roger Kamba est arrivé à Bunia pour faire le point sur un mois de réponse sanitaire et identifier les ajustements nécessaires afin d’améliorer l’efficacité des interventions.
La situation demeure préoccupante sur le terrain. Des acteurs sanitaires signalent que le Centre de Traitement Ebola (CTE) de Rwampara, principal site de prise en charge des malades, fonctionne sous forte pression. Des extensions ont été aménagées à travers l’installation de tentes supplémentaires afin d’augmenter la capacité d’accueil des patients.
Par ailleurs, plusieurs intervenants engagés dans la riposte évoquent des difficultés logistiques et organisationnelles qui compliquent les opérations. Le manque de moyens de transport médicalisés et l’état des infrastructures routières dans certaines zones affectées ralentissent les évacuations et la prise en charge rapide des cas suspects.
Au-delà des chiffres officiels, des inquiétudes persistent concernant des décès qui échapperaient au système de surveillance sanitaire. Des responsables de santé communautaire rapportent l’existence de cas suspects et de décès non déclarés dans certaines localités, alimentés notamment par la méfiance d’une partie de la population envers les structures de soins.
Selon plusieurs sources locales, certains malades continuent d’être pris en charge au sein des communautés sans notification préalable aux équipes de riposte, augmentant ainsi les risques de propagation du virus. Des décès suspects auraient également été enregistrés sans passer par les procédures officielles d’investigation sanitaire.
Face à ces défis, le gouvernement insiste sur la nécessité de renforcer la sensibilisation communautaire, la surveillance épidémiologique et la coordination entre les autorités sanitaires, les partenaires techniques et financiers ainsi que les leaders locaux.
« Nous devons adapter nos stratégies pour que la riposte soit à la hauteur de cette épidémie majeure », a déclaré Roger Kamba.
La maladie est causée par la souche Bundibugyo ebolavirus (BDBV), pour laquelle aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n’est actuellement disponible. Dans ce contexte, les autorités rappellent que l’identification précoce des cas, l’isolement des malades, le suivi des contacts et les enterrements sécurisés demeurent les principaux moyens de lutte contre la propagation du virus.
Alors que la riposte entre dans une phase de réajustement, les autorités espèrent une implication accrue des communautés afin de contenir une épidémie qui continue de faire peser une lourde menace sur l’Ituri et sur l’ensemble du pays.
Joel Heri Budjo