L'émotion et l'indignation continuent de gagner la ville de Beni au lendemain du massacre de quatorze (14) civils attribué aux combattants des ADF dans le quartier Ngadi et sur l'axe Vemba-Katota. Alors que les familles pleurent leurs proches, plusieurs mouvements citoyens et groupes de pression haussent le ton contre les autorités qu'ils accusent d'inaction face à la détérioration de la situation sécuritaire.
Lors du transport des corps des victimes, dont celui de l'artiste comédien pygmée Shukurani Nzanzu Mangese, des voix de plus en plus critiques se sont faites entendre dans les rues de la ville.
Parmi elles, celle de Clovice Mutsuva, figure politique influente de Beni, qui a exprimé publiquement sa colère face à ce qu'il considère comme un « abandon » des populations de la région.
« Ceux que nous avons envoyés nous représenter s'en foutent. C'est nous qui mourons. La population doit désormais se prendre en charge. Personne ne peut accepter de mourir comme ça », a-t-il déclaré devant une foule émue.
Au-delà de l'émotion suscitée par le massacre, cette sortie traduit le profond sentiment de frustration qui gagne une partie de la population locale après plusieurs années de violences répétées.
Pour de nombreux habitants, les attaques continuent de se multiplier malgré l'état de siège, la présence des forces de sécurité et les opérations militaires menées contre les groupes armés.
« Nous n'avons pas d'armée, nous n'avons pas d'autorités. Ils ne se soucient pas de Beni. Ils nous ont déjà vendus », a poursuivi Clovice Mutsuva.
Ses déclarations s'inscrivent dans un contexte de tensions croissantes entre certains acteurs de la société civile et les autorités provinciales, régulièrement critiquées pour leur gestion de l'insécurité dans la région.
Dans son intervention, le militant n'a pas hésité à interpeller directement le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le Général-Major Somo Kakule Evariste.
« Général Somo, tu es le gouverneur. Est-ce cela que vous aimez ? Nous voir mourir comme ça ? Quand on dénonce, vous parlez de manipulation et d'agendas cachés », a-t-il lancé.
Il a également évoqué les alertes sécuritaires qui, selon plusieurs habitants, auraient précédé l'attaque de Ngadi sans permettre d'empêcher le drame.
Face à cette situation, plusieurs mouvements citoyens annoncent déjà des actions de protestation dans les prochains jours afin d'exiger davantage de mesures de protection pour les populations civiles.
« Nous n'allons pas croiser les bras. Des actions de grande envergure vont commencer. Trop, c'est trop », a averti Clovice Mutsuva.
Ces appels interviennent alors que le bilan provisoire du massacre est passé à quatorze civils tués après la découverte de sept nouveaux corps sur l'axe Vemba-Katota, à l'Est de Ngadi. Plusieurs habitants demeurent encore portés disparus, faisant craindre un bilan plus lourd.
Diddy Mastaki