Haut-Katanga : Makwacha, présentation d’une exposition et d’un défilé de mode qui soutient le travail des femmes qui peignent à mains nues
Les artistes Daddy Tsikaya et Nilla Baguma, de l’organisation Picha Asbl, ont présenté au village Makwacha, situé à plus de 41 km au sud de Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, les travaux d’une exposition et d’un défilé de mode afin de soutenir le travail des femmes qui peignent leurs cases à mains nues.
Dans une ambiance festive et musicale, une collection de plusieurs tableaux a été exposée. Un défilé de mode avec des tissus cousus inspirés des motifs des cases du village Makwacha, ont été présentés, devant le chef du village et plusieurs autres invités qui ont fait le déplacement de Makwacha, lundi, dans le cadre de la 7e Biennale de Lubumbashi, ouverte depuis le 05 octobre 2022.
Le spectacle a été marqué par le défilé des enfants de Makwacha ainsi que ceux venus de Lubumbashi. A cette occasion, les collections de mode portées par les mannequins se sont inspirées des motifs des cases ornées de Makwacha, qu’il s’agisse de vêtements, de chaussures ou de sacs, tous inspirés de la source locale.
“Makwacha et ses cases ornées”
Le village de Makwacha est bien connu pour ses cases ornées extérieurement : “Kushiripa”, la peinture sur les cases. La décoration des cases avec divers motifs est l’une des œuvres de la culture Lamba, explique Georges Senga, membre de Picha Asbl, qui est l’une des personnes ayant mis en place le projet Makwacha, créant un espace de travail pour les artistes de Lubumbashi et les femmes de ce village qui réalisent les dessins avec du pigment naturel. « Le projet a commencé en 2010, et voici le résultat », dit-il.
Pour soutenir le travail de ses femmes à Makwacha, outre un espace de travail pour elles, elles ont reçu plusieurs formations dans l’atelier pour faire vivre leur art. “nous les avons amenées à réfléchir, en dehors de la peinture sur les cases, à générer quelque chose qui devrait valoriser leur culture lamba, en termes de microfinance. Cela va développer leur environnement”, a confié Georges Senga.
« Grâce à la production et à l’exposition qui s’est tenue en 2014 à Paris, elle avait donné deux puits d’eau dans ce village. Je me souviens qu’à l’époque, un puits coûtait près de 18 000 €. Si cette production peut encore être faite aujourd’hui, cela donnera encore plus de puits d’eau dans ce village. Ce sera quelque chose qui se fera non seulement dans ce village, mais au-delà, dans les villages un peu plus éloignés de Makwacha », dit cet artiste de Picha.
Les œuvres vendues à l’époque, par les villageois partis à une exposition en Europe, n’ont cependant pas permis de développer grand chose dans le village Makwacha. Le décès de l’un de ceux qui avaient fait ce voyage avait provoqué un relâchement complet de la pratique de cet art de peindre les murs avec de l’argile naturelle. Mais les membres de Picha ne sont pas restés inactifs.
Georges Senga reste optimiste quant à l’utilisation de cet art par les femmes de Makwacha, « chaque fois que nous venions à Makwacha, les femmes étaient toujours indexées. Cela donnait parfois lieu à des conflits « , s’écrie-t-il, » c’est pourquoi nous avons pensé à créer cet espace de travail, et pour ces femmes de Makwacha mais aussi pour les artistes qui viendront de Lubumbashi, trouver un espace de travail pour valoriser cet aspect culturel « .
“La peinture de Makwacha renaît toujours de ses cendres”
Après avoir remis officiellement cet espace de travail aux femmes de Makwacha, Samy Baloji, a pour sa part expliqué le travail que la couturière-créatrice Nilla Baguma faisait avec ses femmes de Makwacha, afin de soutenir leur travail et la culture de l’ethnie Lamba qui dépasse les frontières de la République démocratique du Congo.
« Nous avons décidé de venir présenter les activités de la Biennale 2022 de Lubumbashi dans ce village Lamba, qui a la particularité de peindre les cases avec du pigment naturel, ce qui renvoie à une activité traditionnelle, mais qui subsiste et se perpétue. Nous avons trouvé intéressant d’utiliser les motifs, les dessins de la peinture murale, pour faire un travail artistique complet. C’est ce travail qui a été présenté aujourd’hui par Nilla, une couturière-créatrice. Elle a créé toute une collection de vêtements, de chaussures et de sacs basés sur des motifs locaux, des motifs Makwacha », a-t-il déclaré.
Avec cette idée de tissus à motifs Makwacha, Samy Baloji estime que « c’est une façon de promouvoir la culture Lamba, mais aussi de briser les frontières coloniales qui nous ont été imposées, parce que la culture Lamba va au-delà du territoire du Congo, du Katanga, parce qu’elle s’étend à la Zambie et au Mozambique. C’est donc en gros le travail que nous avons présenté à Makwacha », conclut-il.