Un nouveau rapport percutant de l'Oakland Institute, intitulé « Floués ! La ruée vers les minéraux critiques en RDC », lève le voile sur l'accord de « paix » signé en juin 2025 entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo (RDC) sous l'égide des États-Unis d'Amérique. Contrairement à la rhétorique officielle qui saluait la fin d'une guerre meurtrière, le rapport révèle que cet accord ne fait que pérenniser le pillage des ressources du Congo au profit d'intérêts étrangers et d'entreprises Américaines.
Le soutien de longue date des États-Unis d'Amérique au Rwanda a transformé ce dernier en une plateforme d'exportation pour les minerais Congolais de contrebande, tout en permettant au groupe rebelle M23 de s'emparer de vastes territoires et de sites miniers cruciaux.
Un blanchiment organisé sous l'œil des États-Unis d'Amérique
L'analyse des données commerciales du coltan sur la dernière décennie met en lumière le rôle central des États-Unis d'Amérique dans le blanchiment de ces minerais. Frédéric Mousseau, co-auteur du rapport et directeur des politiques à l'Oakland Institute, souligne : « L'implication des États-Unis dans les affaires Congolaises a toujours été liée à un objectif de garantir l'accès aux minéraux critiques ». Il ajoute que l'accord de « paix » intervient après des décennies de soutien américain à des armées étrangères et à des mouvements rebelles, au moment même où le Rwanda et le M23 ont étendu leur contrôle dans l'est de la RDC.
Le rapport détaille comment les exportations de tantale (extrait du coltan) du Rwanda vers les États-Unis d'Amérique ont bondi de 1 500 % entre 2013 et 2018. Cette augmentation spectaculaire est survenue après la première invasion du M23 en 2012, une période durant laquelle l'administration américaine a choisi de ne pas appliquer ses propres sanctions contre le Rwanda.
À son apogée, plus de la moitié des importations américaines de tantale provenaient du Rwanda, malgré la production limitée du pays.
« La clause d'intégration régionale de l'accord normalise ce blanchiment », affirme le rapport. Cette intégration économique régionale, au cœur de l'accord, légaliserait de facto ce système. L'exploitation continue, la guerre aussi
Andy Currier, co-auteur du rapport et analyste politique à l'Oakland Institute, explique que les Congolais continueront de subir les coûts sociaux et environnementaux de l'extraction minière, tandis que le Rwanda récoltera les bénéfices de la transformation et de l'exportation des ressources de son voisin. Il souligne l'ironie du fait que le ministre rwandais chargé de l'intégration régionale n'est autre que James Kabarebe, sanctionné par le Trésor américain début 2025 pour avoir orchestré le soutien du Rwanda au M23 et géré l'exportation illégale de minéraux.
- Le rapport met en évidence que l'intégration régionale négociée par les États-Unis d'Amérique vise à établir deux voies d'exportation distinctes pour les minéraux congolais :
- Le Rwanda comme plaque tournante pour les minerais provenant des zones de conflit de l'est de la RDC ;
- La modernisation du corridor de Lobito, une voie d'exportation essentielle vers l'océan Atlantique pour le cuivre et le cobalt du sud du pays, financée par un prêt de 553 millions de dollars de la Société de financement du développement des États-Unis (DFC) à l'Angola.
De nombreux accords miniers le long de ces deux axes sont déjà en négociation par des entreprises Américaines, soutenues par des figures comme Bill Gates, des proches de Donald Trump et d'anciens militaires ou officiers de renseignement américains. Maurice Carney, directeur exécutif de Friends of the Congo, conclut amèrement : « La paix et la prospérité ne viendront que lorsque les Congolais, et non les puissances étrangères, définiront les conditions de l'avenir du pays. Avec les États-Unis comme maîtres d’œuvre, une nouvelle ère d'exploitation s'ouvre alors que les souffrances du peuple congolais continuent ».
La réalité sur le terrain est sombre : plus de 1 000 civils ont été tués dans les mois qui ont suivi la signature de cet accord de « paix ». Le rapport de l'Oakland Institute démontre que l'implication américaine ne vise pas à mettre fin à la violence, mais bien à sécuriser un accès stratégique aux ressources minières pour des intérêts privés. L’accord récompense de fait l’agression tout en négligeant les conditions essentielles à une paix durable : la redevabilité des auteurs et de leurs complices, la justice pour les victimes et la souveraineté du peuple Congolais.
Rédaction