Alors que la table ronde sur la mesure exceptionnelle de l’état de siège se poursuit dans la capitale Kinshasa, le Doctorant Julien PALUKU, Chercheur à l'Université de Kinshasa et ancien gouverneur, rappelle que le Nord-Kivu et l'Ituri font face, depuis plusieurs décennies, à l'activisme des groupes armés, d'une part, et à l'invasion du pays par ses voisins de l'autre.
L’opinion congolaise a les yeux rivés sur Kinshasa où se discute l’avenir de “l’état de siège”. Alors que plusieurs camps se forment autour de cette question plutôt épineuse, plusieurs hommes politiques et natifs des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri jouent leurs partitions, en proposant différentes pistes de solution. Julien Paluku, actuel ministre de l’Industrie et ancien gouverneur du Nord-Kivu a tenu à faire sa part en analysant en détail les origines du problème et surtout les déficiences de l'état de siège.
Dans un document de six pages parvenu à CONGORASSURE.CD, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu épingle dans la foulée les guerres des ADF d'origine ougandaise qui sont installés au pays depuis les années 1986 ainsi que celles de l'AFDL en 1996, du RCD en 1998, du CNDP en 2004, 2006 et 2008 puis du M23 en 2012 qui a resurgi encore à ce jour. “Ce sont autant des guerres commanditées par le Rwanda et ses sbires d'outre- mer”, déclare J. paluku.
Parallèlement, il indique que pendant ce temps, la province de l'Ituri qui émane du démembrement de l’ancienne province orientale, fait également face aux mêmes velléités avec les milices locales instrumentalisées, elles aussi, par des forces venant de l'Ouganda. Julien Paluku cite, à titre illustratif, les milices Lendu et Hema, FRPI, etc.
“L'état de siège décrété en mai 2021 était une mesure exceptionnelle afin de concentrer tous les pouvoirs entre les mains de militaires et de permettre à ceux-ci d'orienter toutes les énergies intellectuelles, physiques et financières vers la destruction des causes lointaines et immédiates des guerres récurrentes à l'Est de la RDC”, souligne-t-il, notant au passage que bien que ainsi pensé, cela n’a pas marché comme prévu pour plusieurs raisons.
Par ailleurs, Julien Paluku explique que c'est avec l'état de siège que le M23 a refait surface en juin 2022 avec la prise de la cité stratégique de Bunagana le 13 juin 2022, soit 13 mois et 10 jours après l'instauration de cette mesure exceptionnelle. Par ailleurs, il ajoute que c'est pendant l'état de siège que les territoires de Rutshuru et de Masisi sont occupés dans leur majeure partie par le M23, avec le massacre historique de Kishishe entre le 29 novembre et le 1er décembre 2022, précédé et suivi par d'autres massacres à Ntamugenga, Tongo, Kitchanga..., en Territoire de Rutshuru, dont le bilan dépasse 1.000 morts.
“C’est pendant l'état de siège qu'il s’observe la prolifération des groupes armés en Ituri et au Nord-Kivu au point d'en dénombrer maintenant plus de 200. C'est pendant l'état de siège que l’on assiste à la flambée des conflits fonciers, suscitant ainsi de réflexe d'autodéfense de part et d'autre. Des cimetières sont profanés, des concessions et bâtiments publics sont spoliés à grande échelle”, poursuit Julien paluku, soulignant que néanmoins, c'est aussi pendant l'état de siège que l'on voit des recettes augmenter de près de 30%, une satisfaction pour la maîtrise de la mobilisation financière en Ituri et au Nord-Kivu.
Au sujet de cette maximisation des recettes, l’explication est simple, explique-t-il, ce sont les hommes en uniforme qui s'illustrent dans la fraude sur tous les plans, du domaine minier au trafic d'influence en passant par l’intimidation. L'avènement des officiers généraux à la tête des Provinces avec des pouvoirs exceptionnels ne pouvait que créer la peur chez les criminels économiques de leurs rangs, que l'autorité civile ne pouvait sanctionner.
“Deux ans et 3 mois après l'instauration de l'état de siège, la situation sécuritaire reste la même si pas pire qu'avant. Il apparaît clairement que le concept état de siège en lui-même n'est pas une panacée pour résoudre une crise. C'est plutôt le contenu qu'on lui donne et ce que les animateurs en font qui déterminent les résultats à atteindre”, indique Julien Paluku, qui puise de sa longue expérience dans l'administration du territoire.
Pour Julien Paluku, le Président de la République a clairement donné le contenu à l'état de siège. Malheureusement, ceux qui en ont défini les actions opérationnelles ont tardé à répondre au souci du Président de la République et aux attentes du peuple.
CongoRassure