Après une série de déclarations jugées provocatrices à l’égard de la République Démocratique du Congo, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du Président Ougandais Yoweri Museveni et influent haut gradé de l’armée Ougandaise, opère un changement de ton. Dans une sortie médiatique récente, il s’est voulu rassurant, affirmant que son pays n’a jamais eu l’intention d’attaquer la RDC, tout en réaffirmant l’attachement de Kampala aux accords bilatéraux et régionaux.
« J’ai été commandant supérieur dans cette grande armée depuis un bon moment. Mais je peux vous assurer que nous n’avons jamais planifié d’attaquer la RDC. Si cela avait été le cas, vous pouviez être sûrs que nous serions déjà à Kinshasa. Ce n’a jamais été notre objectif », a-t-il déclaré.
Ces propos tranchent avec les sorties précédentes du général Muhoozi, qui s’était illustré ces derniers mois par des tweets controversés évoquant la puissance militaire ougandaise et sa capacité à « marcher sur Kinshasa en deux semaines », des déclarations qui avaient profondément irrité l’opinion Congolaise et fragilisé la confiance entre les deux (02) pays.
En RDC, nombreux sont ceux qui continuent à voir en Muhoozi une figure imprévisible, oscillant entre ambitions personnelles, stratégies de communication belliqueuses et tentatives de repositionnement diplomatique. Pour plusieurs observateurs, ce revirement soudain s’apparente à une manœuvre calculée dans un contexte de pressions régionales croissantes.
« Ce qui est important aujourd’hui, c’est de mettre en œuvre les différents accords. L’Ouganda respecte nos accords bilatéraux avec la RDC ainsi que les engagements pris dans le cadre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) », a-t-il ajouté.
Le contraste entre ses dernières déclarations et les précédentes soulève des questions quant à la sincérité de cet engagement. D’autant plus que sur le terrain, les relations restent tendues : des soupçons persistent sur le rôle trouble de certains officiers Ougandais dans la circulation d’armes vers des groupes armés opérant en Ituri et au Nord-Kivu, malgré les opérations conjointes officiellement menées contre les ADF.
À Kinshasa, la méfiance demeure. Plusieurs voix au sein de la société civile et même du Parlement rappellent que l’histoire entre la RDC et l’Ouganda est marquée par des conflits, des ingérences et des ambitions territoriales. Le contentieux autour des réparations imposées à Kampala par la Cour Internationale de justice en 2005, toujours non exécuté, reste également un point de crispation.
Le nouveau ton adopté par Muhoozi, aussi modéré soit-il, ne suffira donc pas à effacer les doutes profonds ni à calmer entièrement les inquiétudes de la partie congolaise. Néanmoins, il pourrait ouvrir une brèche pour relancer, sous médiation régionale, le processus de confiance entre les deux pays. À condition que les actes suivent désormais les paroles.
Diddy MASTAKI