Devant l’ambassade du Rwanda à Bruxelles, une foule déterminée s’est massée le mardi 08 juillet pour réclamer la libération de Victoire Ingabire, figure emblématique de l’opposition Rwandaise, arrêtée le 20 juin à Kigali. Les manifestants, pour la majorité issus de la diaspora Rwandaise en Europe, accusent le régime de Paul Kagame de museler toute voix dissidente et d’instrumentaliser la justice pour écarter ses adversaires politiques.
Portant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Rwanda : le monde doit sortir de l’immobilisme sauvage » ou encore « Libérez Victoire Ingabire, prisonnière politique », les manifestants ont exprimé leur colère face à une situation qu’ils jugent répressive et injuste. Certains ont entonné des chants en Kinyarwanda, d’autres ont pris la parole pour rappeler le combat pacifique mené par Ingabire depuis son retour d’exil en 2010.
Une arrestation qualifiée de politique
Victoire Ingabire, qui avait été graciée en 2018 après avoir purgé huit (08) ans de prison pour « conspiration contre l’État » et « négation du génocide », a de nouveau été arrêtée par le Rwanda Investigation Bureau. Elle est accusée cette fois-ci d’« incitation à l’ordre public » et de « subversion », des charges qu’elle rejette en bloc, dénonçant une persécution politique destinée à l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 un droit qui lui avait déjà été refusé.
« L’arrestation de Victoire Ingabire est une attaque contre toutes les voix dissidentes au Rwanda », a déclaré une manifestante à Bruxelles, visiblement émue. « Elle représente l’espoir d’un changement pacifique, et c’est pour cela qu’elle dérange ».
Une interpellation de la communauté internationale
Au cœur des revendications portées par les manifestants figure également un appel aux puissances occidentales. Les protestataires demandent à l’Union Européenne, aux États-Unis d'Amérique, à la Russie et aux institutions internationales de reconsidérer leur soutien au régime de Kigali, accusé de violations répétées des droits humains et de répression de la liberté d’expression.
« Comment peut-on encore qualifier le Rwanda de modèle de gouvernance alors que les opposants y sont pourchassés, emprisonnés ou forcés à l’exil ? », s'interroge un représentant de la diaspora. « Il est temps que la Belgique et l’Europe regardent la réalité en face ».
Un climat tendu au sein de la diaspora
Cette manifestation intervient dans un contexte de tension croissante entre le régime Rwandais et sa diaspora. Plusieurs enquêtes en Belgique, au Royaume-Uni et en France ont mis en lumière des tentatives d’intimidation, d’espionnage, voire des menaces visant des opposants vivant à l’étranger. Des faits qui renforcent le climat de méfiance et d’inquiétude au sein des communautés rwandaises d’Europe.
Malgré cela, les participants à la manifestation de Bruxelles assurent qu’ils continueront à faire entendre leur voix tant que Victoire Ingabire et d’autres prisonniers d’opinion resteront derrière les barreaux. Une nouvelle audience est prévue à Kigali le 15 juillet pour statuer sur une éventuelle libération sous caution.
Qui est Victoire Ingabire ?
Juriste et femme politique, Victoire Ingabire est l’une des figures majeures de l’opposition Rwandaise. Exilée aux Pays-Bas après le génocide de 1994, elle rentre au Rwanda en 2010 pour se présenter à la Présidentielle. Empêchée de se présenter, elle est arrêtée, jugée, et condamnée à 15 ans de prison, avant d’être libérée par grâce présidentielle. Elle continue aujourd’hui de militer pour une ouverture démocratique au Rwanda.
Diddy MASTAKI