La journée de mobilisation nationale du 07 juillet, appelée « Saba Saba », s’est soldée par un bilan humain et politique tragique au Kenya. Selon la Commission nationale des droits de l’homme du Kenya (KNCHR), 31 personnes ont perdu la vie, 107 ont été blessées et plus de 500 autres arrêtées lors des manifestations organisées à travers le pays pour dénoncer la crise sociale, la corruption, et la restriction des libertés.
Mais alors que les images de violence circulent sur les réseaux sociaux, montrant des scènes de panique, des tirs à balles réelles et des arrestations musclées, la police nationale Kényane publie un rapport bien moins alarmant, renforçant la confusion et la colère d’une partie de la population.
Deux versions, deux récits
Dans un communiqué officiel signé par le porte-parole de la police le lundi 07 juillet, la National Police Service (NPS) évoque un bilan beaucoup plus modéré : 11 morts, 11 civils blessés, 52 policiers blessés, 567 personnes arrêtées et des dégâts matériels importants, dont 19 véhicules endommagés (policiers, civils et gouvernementaux).
La NPS affirme que les manifestations ont été infiltrées par des éléments violents ayant attaqué les forces de l’ordre, vandalisé des biens publics et privés, et provoqué le chaos dans plusieurs grandes villes. Elle félicite également ses agents pour leur « retenue » et leur « professionnalisme ».
« Nos officiers ont fait preuve d’un courage exceptionnel face à des provocations constantes et à une violence organisée », souligne le communiqué.
Du côté de la KNCHR et des ONG locales, la version officielle est contestée. La commission accuse les forces de sécurité d’avoir ouvert le feu sur des manifestants non armés, d’avoir tabassé des journalistes et d’avoir violé le droit fondamental à manifester pacifiquement.
« Le niveau de brutalité observé ce 7 juillet est indigne d’un État démocratique. Nous avons recensé des exécutions extrajudiciaires, des arrestations arbitraires et des violences physiques graves », déclare un représentant de la commission.
Sur les réseaux sociaux, des vidéos virales montrent des policiers tirant à bout portant, des manifestants ensanglantés au sol, ou encore des personnes brutalisées lors de leur interpellation. Ces séquences, largement relayées par les militants et les médias internationaux, contrastent fortement avec le ton officiel du gouvernement.
Le « Saba Saba », date symbolique de la lutte démocratique au Kenya depuis les années 90, devient année après un baromètre de la tension entre pouvoir et société civile. Mais en 2025, le contraste entre les versions officielles et les réalités de terrain fait craindre un affaiblissement durable de la confiance dans les institutions.
Alors que les chiffres divergent et que les tensions restent vives dans plusieurs régions, les analystes politiques craignent que cette répression jugée disproportionnée n’envenime davantage un climat politique déjà explosif, à l’approche de futures échéances électorales.
Appels au calme et à la justice
Dans un climat de colère et de deuil, des voix modérées appellent à la désescalade, au dialogue et à des réformes structurelles pour encadrer la gestion des manifestations au Kenya. Plusieurs ambassades étrangères et organisations internationales ont également exprimé leur préoccupation face à la situation.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement Kényan, sommé de prouver qu’il reste engagé en faveur de la démocratie, des droits humains et de l’Etat de droit.
Diddy MASTAKI