À Kinshasa, le climat politique s’est une nouvelle fois crispé lundi à la chambre basse du Parlement. Le dépôt d’une pétition visant Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, ainsi que d’autres membres du bureau, a failli dégénérer en affrontements physiques entre députés.
Selon plusieurs témoins, quelques élus en seraient presque venus aux mains, illustrant une ambiance électrique dans l’hémicycle du Palais du Peuple. L’incident, retransmis par certains médias, a rapidement suscité des réactions, notamment du côté de l’opposition.
« Une indignité nationale »
Parmi les voix les plus critiques figure celle de Ferdinand Kambere. Ce cadre du PPRD et opposant à Félix Tshisekedi estime que ces « scènes honteuses » traduisent une dérive inquiétante de l’institution parlementaire.
« Quand le Parlement congolais sombre dans l’indignité, c’est le reflet des querelles intestines qui minent l’UDPS, le parti au pouvoir », a-t-il déclaré.
Dans un commentaire au vitriol, Kambere rappelle que l’article 101 de la Constitution impose aux députés de représenter la Nation, et non leurs intérêts personnels. Or, selon lui, « députés et sénateurs de l’Union sacrée s’affrontent aujourd’hui non pour la paix à l’Est, ni contre la vie chère, encore moins pour la survie d’une population plongée dans la misère, mais pour leurs émoluments et gratifications promises en échange d’un vote ».
La tentation de la révision constitutionnelle
L’opposant va plus loin et lie cet épisode à une stratégie politique visant à préparer le terrain à une éventuelle révision constitutionnelle.
« Hier, les sénateurs avaient déjà été convoqués pour un simulacre de vote sur la levée de l’immunité de Joseph Kabila, poursuit-il. Aujourd’hui, c’est au tour des députés d’être instrumentalisés pour préparer un troisième mandat présidentiel pour Félix Tshisekedi. »
Il rappelle que l’article 220 de la Constitution verrouille la limitation du nombre et de la durée des mandats présidentiels, et que toute tentative en ce sens constituerait une violation flagrante du texte fondamental. Une telle démarche activerait, selon lui, l’article 64, qui oblige tout Congolais à s’opposer à une prise illégale du pouvoir.
Des leçons venues d’ailleurs
Ferdinand Kambere n’hésite pas à convoquer l’histoire comparée : le Népal en 2006, le Printemps arabe de 2011, ou encore les soulèvements populaires récents, pour illustrer que « nul peuple ne demeure éternellement passif ».
Et de conclure, citant la Cour constitutionnelle congolaise (arrêt R.Const. 1816 du 15 juin 2021) : « La légitimité ne réside pas seulement dans le respect formel du texte, mais dans l’esprit démocratique que doivent incarner les institutions. Le Congo n’a pas besoin de parlementaires-marchands, mais de véritables représentants du peuple. Et si la justice des hommes faiblit, il reste, comme le disait Chancel Mbemba : la justice de Dieu, il y en a ! »
La Rédaction