Dans une déclaration particulièrement ferme, le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018, a dénoncé les processus diplomatiques en cours à Washington et à Doha, qu’il accuse d’« hypothéquer l’avenir de la République démocratique du Congo ».
Selon lui, ces initiatives, conduites hors du pays et sans réelle participation des populations locales, risquent de consolider des arrangements qui ne répondent ni aux exigences de justice ni aux besoins de sécurité des Congolais.
Le gynécologue de renommée mondiale rappelle que depuis plus d’un siècle et demi, « l’histoire du Congo est façonnée par des puissances extérieures au détriment des aspirations de son peuple ». Une dynamique qui, affirme-t-il, se reproduit aujourd’hui avec ces nouvelles négociations internationales, menées « sans transparence et sans inclusion ».
Un accord de Doha « incomplet » et dépourvu de garanties
Le Dr Mukwege souligne que l’Accord-cadre de Doha, présenté comme une avancée, ne dispose ni de mécanismes contraignants, ni de calendrier clair, ni de garanties de mise en œuvre.
À ce jour, rappelle-t-il, seuls deux des huit protocoles prévus ont été paraphés : le mécanisme de libération des détenus (14 septembre) ; le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu (14 octobre).
Dans le même temps, le M23 et l’Alliance Fleuve Congo ont poursuivi des offensives armées, violant le cessez-le-feu et sapant l’esprit même du processus.
Des démarches « opaques » et déconnectées des réalités du terrain
Pour le Dr Denis Mukwege, les processus de Washington et Doha présentent plusieurs limites majeures : leur caractère bilatéral, alors que le conflit implique plusieurs acteurs régionaux, dont l’Ouganda et le Burundi ; leur opacité, dans un contexte où la population exige davantage de transparence ; leur tendance à normaliser une agression armée, en contradiction avec le droit international.
Le médecin dénonce également la poursuite de la présence militaire rwandaise sur le sol Congolais, en violation de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, alors même que les négociations progressent.
Violences persistantes dans les zones occupées
Le Dr D. Mukwege cite plusieurs cas d’exactions récentes, dont le massacre de 22 civils à Irhambi/Katana dans la nuit du 23 au 24 novembre, attribué à des forces d’occupation. Ces violences témoignent, selon lui, d’une stratégie du « talk and fight » menée par le M23/AFC et leurs soutiens.
« Une annexion de fait »
Selon le prix Nobel, la situation qui prévaut au Nord et au Sud-Kivu s’apparente désormais à « une annexion de fait » du territoire congolais par le Rwanda.
Il dénonce une violation flagrante : de la Charte des Nations Unies ; de la souveraineté territoriale de la RDC ; et du droit des peuples à disposer de leurs richesses naturelles.
Il alerte également sur l’implication d’intérêts économiques étrangers attirés par les ressources minières, ce qui contribue selon lui à normaliser une situation illégale et dangereuse.
Appel à une réponse internationale ferme
Le Dr Denis Mukwege exhorte la communauté internationale à adopter des sanctions fortes, à exiger le retrait des troupes étrangères et à démanteler les administrations parallèles mises en place dans les zones sous occupation.
Il appelle également à la pleine participation des communautés locales dans toute initiative de paix, estimant que toute solution durable doit être ancrée dans la justice et la vérité.
« Le peuple Congolais ne peut plus être une variable d’ajustement »
Pour le Prix Nobel, tant que les intérêts géostratégiques et miniers primeront sur les droits humains et la souveraineté nationale, aucune paix durable ne sera possible.
Il conclut en affirmant que les Congolais doivent « refuser d’être la variable d’ajustement de rivalités géopolitiques » et revendiquer pleinement leur dignité, leur sécurité et leur souveraineté.
Diddy MASTAKI