La tension politique atteint un nouveau sommet en Ouganda. Le candidat de l’opposition Robert Kyagulanyi Ssentamu, alias Bobi Wine, a affirmé avoir échappé à une opération conjointe de l’armée et de la police menée dans la nuit à sa résidence de Magere, en périphérie de Kampala, dans un contexte marqué par une coupure nationale d’Internet et une contestation croissante des résultats électoraux.
Dans une déclaration rendue publique, l’opposant indique que la nuit a été « très difficile », évoquant une incursion sécuritaire musclée : coupure d’électricité, sabotage partiel des caméras de surveillance et survols d’hélicoptères au-dessus de son domicile.
« Je confirme que j’ai réussi à leur échapper. Je ne suis pas à la maison actuellement », a-t-il déclaré, tout en précisant que son épouse et d’autres membres de sa famille restent encerclés et privés de liberté, assimilant la situation à une assignation à résidence de fait.
Rumeurs d’enlèvement et climat de peur
Bobi Wine explique que l’ampleur de l’opération nocturne, combinée à l’impossibilité pour quiconque d’accéder à la maison, a alimenté des rumeurs d’enlèvement dans le voisinage. Une confusion renforcée, selon lui, par le blackout numérique imposé à l’échelle nationale, qui limite la circulation de l’information et accroît l’angoisse au sein de la population.
Rejet catégorique des résultats électoraux
Sur le fond politique, le leader du National Unity Platform (NUP) réaffirme son rejet total des résultats provisoires annoncés par la Commission électorale, dirigée par Simon Byabakama. Il dénonce une élection qu’il qualifie de confiscée par la force, évoquant notamment :
- des cas de bourrage d’urnes ;
- une prise de contrôle du processus électoral par l’armée ;
- la détention de responsables du NUP et d’agents électoraux ;
- et de multiples irrégularités ayant, selon lui, vidé le scrutin de toute crédibilité.
« Ces résultats n’ont aucun fondement », martèle-t-il, affirmant que même dans des circonscriptions où l’opposition disposerait de preuves claires de victoire, ses candidats seraient délibérément ciblés et écartés.
Manifestations réprimées et victimes civiles
L’opposant condamne également ce qu’il décrit comme des meurtres de citoyens qui tentaient de manifester pacifiquement contre ce qu’il appelle un « pillage électoral en plein jour ». Il insiste sur le droit constitutionnel des Ougandais à protester pour défendre leur souveraineté populaire, dénonçant une réponse sécuritaire qu’il juge brutale et illégitime.
« Le peuple finira par gagner »
Malgré la pression sécuritaire, Bobi Wine se veut résilient. « Le peuple ougandais finira par gagner », affirme-t-il, présentant la crise actuelle comme une étape douloureuse, mais déterminante dans la lutte pour une alternance démocratique.
Alors que le pays reste sous étroite surveillance sécuritaire et informationnelle, ces déclarations risquent d’accentuer les tensions post-électorales et d’attirer davantage l’attention de la communauté internationale sur la situation politique et des droits humains en Ouganda.
Diddy Mastaki