La récente déclaration de la diplomatie rwandaise reconnaissant une coordination sécuritaire avec la rébellion de l’AFC/M23 marque un tournant majeur dans le conflit à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), estime Julien Paluku, ministre congolais du Commerce extérieur.
S’exprimant après les propos tenus le 22 janvier 2026 à Washington par l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, Mathilde Mukantabana, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu considère qu’il s’agit d’un « aveu historique » de l’implication de Kigali dans le conflit armé qui secoue l’est congolais depuis plusieurs années.
« Pour cette raison, le Rwanda s’engage dans la coordination sécuritaire avec l’AFC/M23 (…) le Rwanda et l’AFC/M23 partagent un intérêt commun pour la protection des Tutsi en RDC », a déclaré la diplomate rwandaise, selon des propos rapportés par Kinshasa.
Pour Julien Paluku, cette prise de parole publique confirme les conclusions des rapports du Groupe d’experts des Nations unies publiés en 2024 et 2025, qui documentaient déjà l’appui militaire rwandais aux rebelles, notamment à travers des images satellites, des drones, des équipements lourds et le déploiement d’unités des Forces de défense rwandaises (RDF).
Pourquoi maintenant ?
Selon le ministre congolais, plusieurs facteurs expliquent ce changement de posture de Kigali. D’abord, « l’impossibilité de continuer à nier des faits étayés par des preuves irréfutables ». Ensuite, une évolution stratégique visant à assumer un rôle d’« acteur sécuritaire » plutôt que d’« agresseur dissimulé ».
Il évoque également la pression croissante de partenaires internationaux, en particulier des États-Unis et de l’Union européenne, susceptibles d’imposer des sanctions économiques ciblées. « Cet aveu pourrait être utilisé comme monnaie d’échange dans un cadre diplomatique », analyse-t-il.
Requalification du conflit
Sur le plan juridique, Julien Paluku estime que cette reconnaissance publique permet de requalifier le conflit en conflit armé international, engageant directement la responsabilité de l’État rwandais.
Il rappelle la jurisprudence issue de l’affaire Tadić, selon laquelle un soutien logistique, financier ou stratégique à un groupe armé suffit à établir l’implication d’un État. « Cela ouvre la voie à des procédures devant la Cour internationale de justice, avec des demandes de réparations financières, comme ce fut le cas dans le contentieux RDC-Ouganda », affirme-t-il.
Impact diplomatique pour Kigali
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu prévient que cette reconnaissance pourrait affaiblir la crédibilité internationale du Rwanda, notamment dans les opérations de maintien de la paix des Nations unies, et remettre en question ce qu’il qualifie de « bouclier moral » hérité du génocide de 1994.
« Cet argument ne peut plus servir de levier diplomatique pour justifier une intervention armée sur le territoire d’un État souverain », insiste-t-il.
La crainte d’une balkanisation
Julien Paluku met en garde contre ce qu’il décrit comme une tentative de fragmentation territoriale. Selon lui, l’argument de la protection des Tutsi viserait à raviver les divisions internes en RDC, avec pour objectif final la balkanisation de l’Est du pays.
« La communauté internationale doit comprendre que cette guerre n’est pas dirigée contre les FDLR, mais contre l’intégrité territoriale de la RDC », déclare-t-il.
Il salue enfin l’action du président Félix Tshisekedi, estimant que sa diplomatie a contribué à faire émerger « la vérité au grand jour ».
Diddy Mastaki