Le dernier rapport de Reporters Sans Frontières (RSF) dresse un tableau inquiétant de la situation de la liberté de la presse au Rwanda, qualifiant le pays de l’un des plus répressifs de la région, sous la direction de Paul Kagame.
Selon RSF, le Rwanda maintient un contrôle strict sur tous les médias. Les journaux historiques sont majoritairement liés aux autorités et servent de relais gouvernemental. Dans ce contexte, la censure et l’autocensure ont créé un « code du silence » qui limite sévèrement la couverture critique du pays.
Journalistes emprisonnés, disparus ou contraints à l’exil
Depuis 2000, 17 journalistes ont été emprisonnés au Rwanda. Les journalistes critiques risquent l’emprisonnement, la disparition forcée ou l’exil. RSF cite le cas de Dieudonné Niyonsenga, directeur de la chaîne YouTube Ishema TV, condamné en 2021 à sept ans de prison pour violation de mesures sanitaires liées au Covid-19 et présentation de fausses cartes de presse. Selon Human Rights Watch et Voice of America, il serait détenu dans des conditions inhumaines, privé de lumière et régulièrement battu.
La mort suspecte de John Williams Ntwali
Le rapport souligne également le décès de John Williams Ntwali, rédacteur en chef du journal « The Chronicles », connu pour ses enquêtes sur le gouvernement et les violations des droits humains. Mort le 18 janvier 2023, renversé par un véhicule alors qu’il circulait en moto-taxi, le procès a été conduit à huis clos et s’est soldé par une simple amende pour le conducteur, sans enquête publique.
Suppression des récits alternatifs sur la RDC
RSF dénonce la censure systématique des informations sur la guerre en République Démocratique du Congo. Tout compte rendu divergent de la narrative officielle rwandaise est étouffé. Les médias locaux ne peuvent pas librement traiter l’implication des autorités rwandaises dans le soutien à l’AFC/M23.
Filtrage des journalistes étrangers
Le Rwanda applique un contrôle strict des accréditations, rendant la couverture indépendante quasiment impossible. Le journaliste Belge Stijn Vercruysse s’est vu refuser l’embarquement pour Kigali en septembre 2025, probablement en raison de ses enquêtes sur l’implication rwandaise dans le conflit Congolais.
Un classement révélateur
Le Rwanda se classe 146e sur 180 pays dans l’Indice mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF, une position qualifiée de « très grave », malgré l’image internationale du pays comme modèle de reconstruction post-génocide.
Le rapport de RSF illustre ainsi une réalité inquiétante : derrière la façade de stabilité et de progrès, la presse rwandaise reste fortement muselée, et tout journaliste critique vit sous la menace constante de répression.
Diddy Mastaki