Le député national élu de la circonscription électorale d’Irumu est revenu sur l’histoire du droit de la nationalité en République démocratique du Congo, de 1885 à nos jours. Dans son analyse, l’élu de l’Ituri considère cette question comme une trajectoire à la fois juridique et humaine, marquée par les migrations, les changements de frontières, la recherche d’appartenance et les tensions identitaires.
Pour Paul Babangu, comprendre les débats actuels sur la nationalité congolaise exige de remonter à l’histoire du territoire avant même la naissance de l’État Congolais moderne. À cette époque, l’appartenance reposait principalement sur l’intégration à un clan, une chefferie, un royaume ou une communauté, plutôt que sur un document administratif.
De l’organisation coutumière à l’ordre colonial
Avant la colonisation, l’actuel territoire de la RDC était constitué d’une mosaïque de royaumes et de chefferies, parmi lesquels les royaumes Kongo, Luba, Lunda et Kuba. Les populations entretenaient également des relations d’alliance, de commerce et de coexistence qui dépassaient parfois les frontières communautaires.
Avec la création de l’État indépendant du Congo, puis son rattachement à la Belgique en 1908, cette organisation connaît une profonde transformation. Le système colonial introduit de nouvelles catégories administratives et juridiques pour définir le statut des populations.
Paul Babangu évoque notamment le décret du 27 décembre 1892, relatif à la qualité de sujet Congolais, ainsi que la Charte coloniale de 1908, qui marque une nouvelle étape dans l’organisation juridique du territoire et de ses populations.
Les migrations et la question du Kivu
L’élu d’Irumu accorde une attention particulière à l’histoire démographique du Kivu, où les mouvements de populations ont contribué à rendre la question de l’appartenance particulièrement complexe.
Il onvoque notamment la présence ancienne de populations d’expression Kinyarwanda dans certaines zones du Kivu, ainsi que les migrations organisées durant la période coloniale, notamment à travers la Mission d’Immigration des Banyarwanda (MIB).
Ces déplacements de populations ont contribué à modifier progressivement la configuration démographique de certaines régions du Nord-Kivu, créant des situations de coexistence entre différentes communautés et, plus tard, des controverses autour de l’autochtonie, de la terre et de la nationalité.
Le cas des Banyamulenge
Dans cette perspective historique, Paul Babangu aborde également la situation des Banyamulenge établis dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu.
Il replace leur présence dans l’histoire plus large des mouvements de populations dans la région des Grands Lacs, tout en rappelant que la question de leur appartenance à la communauté nationale Congolaise a fait l’objet de débats particulièrement sensibles au fil des décennies.
Pour l’élu, ces réalités historiques montrent que les questions d’identité et de nationalité dans l’Est de la RDC ne peuvent être analysées sans tenir compte des migrations, des frontières héritées de la colonisation et de l’évolution des structures politiques et coutumières.
Une diversité historique à prendre en compte
Paul Babangu rappelle également qu’au début du XXᵉ siècle, le Kivu et les territoires environnants étaient déjà caractérisés par une grande diversité de communautés.
Il cite notamment les Nande, Hunde, Nyanga et Kumu au Nord-Kivu, ainsi que les Bashi, Bavira, Bafuliiru, Bahavu, Barega, Babembe et Banyindu au Sud-Kivu. Il mentionne également plusieurs communautés du Maniema et la présence des populations Twa/Batwa dans différentes zones forestières.
Cette diversité historique, estime-t-il, doit être prise en considération dans les discussions contemporaines sur l'identité, l'appartenance et la citoyenneté.
Après l’indépendance, la nationalité devient un enjeu politique
Avec l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, la question de la nationalité entre dans une nouvelle phase. Elle devient progressivement un enjeu politique majeur, particulièrement dans les régions confrontées aux migrations et aux conflits communautaires.
Pour Paul Babangu, les débats sur la nationalité ne peuvent donc pas être réduits à des considérations politiques contemporaines. Ils doivent également s’appuyer sur l’histoire et sur les textes juridiques qui ont progressivement défini les conditions d’appartenance à la nation Congolaise.
Dépasser les clivages identitaires
Au-delà de cette rétrospective, l’analyse de Paul Babangu renvoie à un enjeu plus large : celui de la cohésion nationale.
Dans un pays caractérisé par une forte diversité ethnique et culturelle, la question de la nationalité reste étroitement liée à la paix et à la coexistence entre les communautés. Dans l’Est du pays, notamment, les débats sur l’origine et l’appartenance ont souvent été instrumentalisés dans les conflits politiques et sécuritaires.
L’enjeu, selon cette lecture, est donc de pouvoir discuter de la nationalité à partir du droit, de l’histoire et des réalités sociales, sans transformer les appartenances communautaires en facteurs d’exclusion.
Une question au cœur de la cohésion nationale
En revisitant l’histoire de la nationalité congolaise depuis la période précoloniale jusqu’à l’époque contemporaine, Paul Babangu met ainsi en évidence la complexité d’une question qui touche directement à l’identité et à la cohésion du pays.
Pour l’élu d’Irumu, comprendre cette histoire constitue un préalable pour aborder les débats actuels avec davantage de recul et éviter que les différences d’origine, d’ethnie ou de trajectoire historique ne deviennent des facteurs permanents de division.
Joël Heri Budjo