L’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo a voté, ce lundi 26 octobre 2026, à l’unanimité, des recommandations demandant le départ du gouvernement de la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Marie-Thérèse Sombo Safi. Cette décision fait suite aux conclusions d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion des quotités des frais payés par les étudiants. Parallèlement, le ministre d’État à l’Agriculture, Muhindo Nzangi Butondo, fait face à une motion de défiance portant sur la gestion de 57 millions de dollars américains destinés à l’entrepreneuriat agricole des jeunes.
ESURSI : une enquête parlementaire met en cause la gestion des frais académiques
La décision concernant la ministre Marie-Thérèse Sombo intervient après plusieurs mois d’investigations parlementaires sur la gestion financière du secteur de l’Enseignement supérieur et universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation (ESURSI).
Installée en mai 2026, la commission d’enquête avait pour mission d’examiner la perception et l’utilisation des quotités du minerval ainsi que des différents frais connexes payés par les étudiants des établissements publics.
Dans son rapport présenté en plénière le 7 octobre dernier, la commission a relevé plusieurs dysfonctionnements dans le circuit de perception et de redistribution de ces ressources financières.
Parmi les principales préoccupations figurent la centralisation des recettes sur un compte unique géré par le cabinet de la ministre, le manque de traçabilité de certains fonds et l'insuffisance des rétrocessions aux structures bénéficiaires.
Selon les éléments rapportés à l’issue des auditions, plusieurs organismes du secteur ont dénoncé une diminution, voire une absence de versement, des sommes qui leur étaient destinées.
À la suite de l’examen de ce rapport, les députés ont notamment recommandé la suppression du compte unique, le versement direct des quotités aux bénéficiaires et des poursuites judiciaires contre les personnes dont la responsabilité pourrait être établie. Le départ de la ministre figure également parmi les recommandations parlementaires.
Judith Suminwa appelée à donner suite aux recommandations
Au cours de la plénière de ce lundi 26 octobre, les députés nationaux ont adopté à l’unanimité les recommandations demandant à la Première ministre, Judith Suminwa, de tirer les conséquences de ces conclusions au sein de son gouvernement.
Le bureau de l’Assemblée nationale devrait transmettre officiellement, dès ce mardi 27 octobre, les résolutions de la plénière à la cheffe du gouvernement.
Cette transmission constitue une étape institutionnelle importante dans ce dossier. Toutefois, le vote des recommandations parlementaires ne signifie pas que la ministre a déjà été officiellement révoquée. La suite dépendra des décisions prises par les autorités compétentes.
Muhindo Nzangi visé par une motion de défiance concernant 57 millions de dollars
Le dossier de l’ESURSI intervient alors qu’une autre affaire suscite des interrogations au sein de la Chambre basse du Parlement.
Le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, est visé par une motion de défiance déposée par la députée nationale Hermione Bolumbe Bakando, élue de Mont-Amba à Kinshasa.
L’initiative porte sur la gestion des 57 millions de dollars américains mobilisés pour le Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), financé par la Banque africaine de développement (BAD).
Selon Radio Okapi, cette motion fait suite à une question orale avec débat au cours de laquelle la députée avait demandé des explications sur l’utilisation des fonds, le nombre de jeunes effectivement financés et les résultats obtenus par le programme. Les réponses du ministre n’auraient pas satisfait l’élue, qui réclame davantage de transparence.
De son côté, Muhindo Nzangi a affirmé devant les députés que les financements étaient toujours disponibles et que les décaissements se poursuivaient progressivement. Il a notamment déclaré que 1 107 jeunes avaient bénéficié d’un financement dans le cadre du projet. Il a également évoqué des fonds encore en attente de transfert vers les institutions de microfinance.
Les accusations de détournement évoquées dans cette affaire restent toutefois à établir. La motion de défiance ouvre une séquence de contrôle parlementaire dont l’issue dépendra de la procédure applicable et des décisions des députés.
Une séquence de contrôle parlementaire pour le gouvernement Suminwa
Les dossiers de l’ESURSI et de l’Agriculture placent la gestion des ressources publiques au centre des débats à l’Assemblée nationale.
D’un côté, les députés demandent des suites aux irrégularités relevées dans la gestion des quotités des frais académiques. De l’autre, ils réclament des éclaircissements sur l’exécution d’un programme de financement destiné à soutenir l’entrepreneuriat agricole des jeunes.
Ces deux affaires soulèvent des questions relatives à la transparence financière, à la redevabilité des responsables publics et au contrôle de l’utilisation des fonds affectés aux politiques publiques.
Pour le gouvernement dirigé par Judith Suminwa, l’enjeu immédiat sera de donner des suites institutionnelles aux recommandations parlementaires concernant l’ESURSI, tout en répondant aux interrogations soulevées autour du PEJAB.
La suite de ces procédures permettra de déterminer les responsabilités éventuelles et les conséquences politiques ou administratives qui pourraient en découler.
Diddy Mastaki